‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 65 sur 177 · Lettre à Handon du 26 mai · texte numérisé non relu

Lettre à Handon du 26 mai

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cible à la rapidité de la mobilisation ' ». Dans le banquet donné aux chefs de l'armée d'Italie, il avait pris vis-à-vis d'eux en quelque sorte l'engagement d'opérer les modifications dont il comprenait mieux que personne l'urgence, et de mettre les forces du pays sur le meilleur pied possible. « Que le souvenir, avait-il dit, des obstacles surmontés, des périls évités, des imperfeclions signalées, revienne souvent à votre mémoire, car pour tout homme de guerre, le souvenir est la science même, »

Ainsi en Prusse et en France, les hommes ayant autorité étaient également convaincus de la nécessité d'une refonte fondamentale des institutions militaires. L'avenir appartiendra à celui qui l'opérera le plus rapidement et le mieux.

Le couronnement de cette guerre entreprise pour constituer une patrie aux Italiens fut de rendre la leur aux Français exilés depuis le coup d'État. Une large amnistie fut décrétée (15 août).

Il y eut un moment d'iiésitation sur les effets de cette amnistie. Laisserait-elle subsister la loi de sûreté générale, de telle sorte que tous ceux qui rentreraient fussent sous la main de la police? En ce cas mieux valait rester dehors. Ce doute s'éclaircit vite : il fut reconnu que la partie dis-

1. Lettre à Vaillant pendant la f;uerre de Crimée, t. III, p. 212.

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crétionnaire de la loi de sûreté générale, permettant d'infliger par mesure administrative latransportation ou l'internement, ne serait applicable aux amnistiés qu'après une nouvelle condamnation régulière. Dès lors il n'y avait plus de raison de ne pas profiter de l'amnistie : en la refusant, d'exilé on devenait émigré. Cependant c'est ce que fît Victor Hugo :

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis. Si même. Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla. S'il en demeure dix, je serai le dixième, Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!

Ces vers lui interdisaient de rentrer.

Edgar Quinet 'et quelques autres l'imitèrent : « Quand la liberté rentrera, dirent-ils, nous rentrerons. » Bien plus dévoués à celte grande cause furent ceux qui vinrent reprendre le combat pour elle. Ledru-Hollin le conseilla en termes pressants, quoique sa condamnation par contumace ne lui permît pas de donner l'exemple. <( Pour un grand parti, dit-il, il va quelque chose de moins stérile que l'indignation mentale et le dédain, ce sont les actes. Tout répul)licain qui revient en France sans s'être dégradé est, en dépit de tout, un foyer rayonnant de lumière et un soldat prêt pour le jour procliain. »

Les avertissements inlligés aux journaux furent effacés, et la direction de la presse confiée à La Cuéronnièrc, disciple de Lamartine, cspritéclairé, du({U('l on (levait attendre une ap[)lication libérale du décret sur la presse.

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Nos craintes sur les périls que la gloire ferait courir à la liberté ne se réalisaient pas. Notre armée nous rapportait un peu de l'affranchissement qu'elle avait apporté à l'Italie. Il devenait moralement impossible à l'Empereur de refuser longtemps à son peuple les franchises constitutionnelles qu'il recommandait aux princes italiens d'accorder aux leurs ; et dès qu'il avait cessé d'être un proscripteur il n'était plus interdit de lui offrir le concours loyal d'une opposition constitutionnelle.

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