‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 70 sur 177 · Abbé DucHÈ.NE, les Premiers temps de l'État pontifical · texte numérisé non relu

Abbé DucHÈ.NE, les Premiers temps de l'État pontifical

lider et à l'étendre. Clément VI acheta de la reine Jeanne de Sicile, Avignon et ses dépendances et obtint de l'Empire, dont cette ville relevait comme lief, la décliargede toute redevance (1348). Autour du Pape à Home dominaient des barons féodaux, les Orsini, les Colonna, les Savelli, « ses menottes », plus loin une foule de petits tyranneaux, oppresseurs de leurs peuples, en guerre entre eux, condottieri prêts à se vendre à l'enchère. Il réduisit d'abord la féodalité qui l'enserrait et établit sa toute-puissance dans le patrimoine proprement dit; il s'occupa ensuite de soumettre les tyranneaux. En 1354 Innocent VI, avant le retour en Italie, y avait envoyé le cardinal Albornoz avec « la mission de recouvrer et récupérer les Marches, le Duché et la Romagne, occupés par messire Malatesta de Rimini et les autres tyrans romagnols. » Le légat y parvint et les réduisit à l'état de vicaires du Pape, soumis à un hommage et à un cens. Après lui. ces liens se relâchèrent ; plusieurs vicaires ne payèrent pas le cens ou bien se mirent aux gages comme condottieri, ou, tels que Rentivoglio àRologne, Raglioni àPerugia, s'instituèrent princes indépendants ; Ancône, Spolete, Assise, Terni s'administrèrent librement; les Vénitiens détinrent Cervi et Ravenne. Alexandre VI envoya son fils César Rorgia à la conquête des Romagnes. Il réussit par des moyens scélérats; néanmoins comme ces scélératesses n'atteignaient que des scélérats, les populations le bénirent, parce que désormais elles furent admi-

nistrées avec justice et protégées contre les exactions et les brigandages. Jules II acheva l'œuvre de délivrance : il chassa les Bentivoglio et les Baglioni, et, de même que Borgia, il fît chérir l'autorité pontificale, rendit àPérouse ses libertés supprimées par le Conseil des Dix du tyran, fit régir Bologne par un sénat de quarante membres qui avait un ambassadeur accrédité à Rome.

Les Papes parurent quelque temps considérer ce domaine ainsi agrandi et affermi comme inutile dans son intégrité à l'indépendance du pouvoir spirituel; ils en disposèrent au profit de leur famille : Jules II donna Urbin à son frère de la Rovere, Paul III Parme et Plaisance à son fils Farnèse. Les États à distribuer ainsi aux neveux étaient cependant limités : il fallut bien s'arrêter. A partir de Paul lll, ce fut pour la Papauté et non pour les parents du Pape que continua l'accroissement du domaine pontifical. En 1532, Clément Vil s'empara par surprise d'Ancône, et la tint en respect par une citadelle élevée sur une hauteur voisine. En 1538 Clément V'ill, grâce à l'appui d'Henri IV, s'empara de Ferrare et Commachio. Le népotisme ne perdit pas néanmoins ses droits, il s'exerça autrement : une partie des revenus ecclésiastiques ou de vastes domaines à droits féodaux ou à monopoles servirent à établir les immenses fortunes des neveux. Clément VI II enrichit les Aldobrandini, Paul V les Borghèse ; on trouve dans les comptes du temps que Urbain Vlll, soit en

argent, soit eu objets d'art, soit en meubles ou biens-fonds, donna aux Barberini la somme énorme de cent cinq millions de scudi. Il en fut ainsi jusqu'à ce que le vertueux Pignatelli, Innocent XII, obtint du Sacré-Collège une bulle contre le népotisme et la défense d'aliéner les biens de l'Église, jurée par les cardinaux à leur entrée au conclave et par les nouveaux Papes après leur élection (1692).

Bien assise chez elle, la Papauté active, vigilante, éclairée dans son action spirituelle, le fut beaucoup moins dans son gouvernement temporel: elle s'occupa du monde bien plus que de son État. Elle établit à llome, au profit des catholiques venus de tous les pays, un dolce vivere aussi charmant et plus auguste que celui de Florence ; elle ne s'inquiéta pas du bien-être de ses sujets. Les provinces pontificales étaient, selon ïliiers', « les plus mal administrées de l'Europe. Elles n'avaient que leur belle agriculture, ancienne tradition des âges reculés, qui supplée aux richesses de l'industrie bannie depuis longtemps. Excepté dans les légations de Bologne, où régnait un mépris profond pour le gouvernement des prêtres, et à Borne, anlicjue déjjôt du savoir et des arts, les esprits étaient restés dans la plus honteuse barbarie. Un peuple superstitieux et sauvage, des moines paresseuv et ignorants formaient cette population. L'armée était de UlOd à ofKIO soldats, on sait de quelle qua-

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