‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 72 sur 177 · Emile Ollivier, le Pape est-il libre à Rome, p · texte numérisé non relu

Emile Ollivier, le Pape est-il libre à Rome, p

Un des plus modérés et des plus éclairés, Rossi, écrivait à Giiizot en 1832 : « J'espère qu'on est bien convaincu que la Révolution, dans le sens d'une profonde incompatibilité entre le système du gouvernement romain et la population, a pénétré jusque dans les entrailles du pays. Toute opinion contraire est une pure illusion. Qu'on évacue demain en laissant les choses à peu près comme elles sont et on le verra après-demain. Mais la chose ne se bornera plus aux Légations et aux Marches. » En 1847, il n'avait pas changé d'avis : « Le mécontentement des Marches et de l'Ombrie est général et profond. Il n'y a pas jusqu'aux ecclésiastiques du pays qui ne l'avouent'. " Lamartine, à la même époque, y trouvait « les vices de tous les gouvernements sans leurs avantages réunis dans un seul ».

Les gouvernements européens essayèrent sans succès d'améliorer cette situation : on connaît leurs mémorandums et leurs conseils incessants de réformes. L'élection de Pie IX fut une protestation du sacré Collège lui-même. A quoi a-t-elle abouti? Aucun pontife ne fut plus saint, mieux intentionné, et son exemple démontre, mieux que tous les raisonnements, les impossibilités auxquelles le pouvoir temporel est acculé dans les temps modernes.

Pie IX octroya un gouvernement de nouveau régime, laïque en partie, constitutionnel, parlementaire, libéral. L'assassinat infâme de Rossi

I. Mciiioires de Guizot, L. II et VII. McUnhjcs de Rossi, f. II, p. 273.

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interrompit la tentative qui, même sans ce malheur, allait à un échec inévitable. Obligé de revenir à un gouvernement d'ancien régime, Pie IX parut décidé à le perfectionner par des réformes administratives. Ces réformes étaient insuffisantes, l'élément séculier n'y obtenait qu'une part minime tandis qu'il eût dû l'avoir tout entière, et cette part ne tarda pas à devenir purement nominale; sous une étiquette un peu modernisée, le pouvoir théocratique se rétablit en son intégrité '. Quoique dans aucun État n'existe une réunion d'esprits aussi distingués, aussi supérieurs que les Éminences du Sacré- Collège, les prélats de la Curie et les abbés des congrégations, cependant, malgré de tels auxiliaires, la Papauté ne parvint pas à établir un gouvernement de nouveau régime, ni à perfectionner son gouvernement d'ancien régime.

Cette impossibilité tient à l'essence même des choses.

L'origine, la justification du pouvoir temporel étant d'assurer la liberté et la plénitude de l'immunité ecclésiastique, il s'ensuit que le Pape ne peut pas plus s'assujettir à un parlement qu'à une puissance étrangère. Sa souveraineté pour être libre doit être absolue, indépendante de qui que ce soit; à plus forte raison ne peut-il admettre dans ses États une presse ou une Église enseignant un dogme autre que celui dont ijl est l'interprète et le gardien. Il peut tolérer des

juifs dans un ghetto, non leur reconnaître des droits dans la cité'.

De ce que le gouvernement temporel est destiné à assurer l'exercice du magistère spirituel, il s'ensuit qu'il doit être confié aux ecclésiastiques, seuls en mesure de le faire servir à sa fin. Or des prêtres n'ont ni l'éducation ni la tournure d'esprit qui les rend aptes à gérer des intérêts matériels, secondaires à leurs yeux. Plus ils sont doctes dans les sciences sacrées, saints, adonnés à leur fonction religieuse, plus ils sont incapables de bien administrer. Ceux qui furent de grands ministres, les Richelieu, les Mazarin, étaient aussi peu prêtres que possible, et s'ils excellèrent dans les négociations, cet art ecclésiastique, leur gouvernement intérieur fut déplorable. Un gouvernement de véritables prêtres est toujours et partout défectueux. Il ne sait organiser ni des finances, ni une voirie, ni une justice, et moins encore une armée; tout au plus réussit-il à mettre sur pied une police.

Dans les Etats pontificaux il exista toujours des lois excellentes. En établît-on de meilleures encore, le gouvernement ne cesserait pas d'être mauvais, car toute loi y est faniUaùve, à chaque instant paralysée par l'arbitraire ou annihilée par le bon plaisir. Le Pape se meut surtout dans l'ordre de la Grâce où le Droit n'obtient qu'une place subalterne. Dans son magistère spirituel, sauf en ce qui touche au dogme, il n'est pas de

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