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canon dont ii ne puisse dispenser, ou plutôt sa volonté omnipotente est le seul canon immuable; il noue, dénoue, permet, défend au gré de sa volonté. Dès lors est-il surprenant que le pontife habitué à commander aux lois ne sache pas devenir le roi qui leur obéit?
Quelque modéré et paternel qu'il soit, un gouvernement théocratique se supporte plus malaisément qu'un gouvernement laïque plus dur, parce qu'il ne se contente pas de régir les actes extérieurs et qu'il prétend être législateur absolu, sans contrôle, des croyances intimes de la conscience. Par ce motif les principautés ecclésiastiques ne peuvent absolument reposer que sur le volontaire et respectueux attachement. Cet attachement existe-t-il, elles sont le plus heureux, le plus facile des gouvernements; elles n'ont pas besoin de défendre leurs États pour les conserver, de gouverner bien leurs sujets pour en obtenir la tidélité. Ce sentiment religieux disparaît-il, elles deviennent de tous les gouvernements le plus impossible.
Le pouvoir temporel en était là en 18.')9. Tant que tous les peuples d'Europe, sauf la lointaine Angleterre, furent soumis à des autorités d'ancien régime, les peuples de l'État romain persistant dans la fidélité croyante ne pensèrent pas à s'émanciper. Lorsqu'ils eurent goûté, sous l'Empire, les bienfaits d'un régime laïque, qu'ils eurent bu à la coupe moderne, ils ne trouvèrent plus aucune saveur aux breuvages anciens; l'existence de leur gouvernement ecclésiastique.
DU POUVOIR TEMPOPv.EL DES PAPES. 311
seul debout dans le monde, leur parut une anomalie; des fantômes qu'aucun exorcisme ne conjura hantèrent leur imagination; eux aussi ils voulurent avoir leur part de la vie nouvelle, et, convaincus qu'ils ne l'obtiendraient pas d'un octroi volontaire, ils la demandèrent aux conspirations et aux révoltes. Elles n'ont pas cessé depuis 1813. En 1839 l'état des esprits était tel qu'aucune amélioration matérielle, quelque sérieuse qu'elle fût, ne les eût satisfaits. On ne réclamait plus d'être mieux gouverné : on voulait se gouverner soi-même. La Papauté était donc acculée à cette extrémité, ou d'accorder ce qu'on exigeait, et alors elle fût tombée sous sa concession, ou de refuser, alors elle tombait sous son refus.
Les forces dont disposaient les Papes leur permettaient de se maintenir à Rome tant qu'une attaque révolutionnaire ne viendrait pas du dehors. Presque aucun de ceux qui participèrent aux mouvements de 1848 nétait Romain. Les Romains souffraient peu du mauvais gouvernement et ils trouvaient de nombreuses compensations dans le concours des fidèles, l'éclat des fêtes et le prestige de la f*apautè. « La population de Rome est sul generis comme la ville elle-même, elle se compose de maiciiands, de prélats, de moines, de rHents, c'est-à-dire de
gens et de familles qui vivent de pensions du gouvernement ou bien par les cardinaux, les prélats et les couvents ^ » Les provinces, au contraire, ne sentaient du pouvoir temporel que les épines, et sans les armes autrichiennes, le Pape eût été hors d'état de refréner leur indomptable rébellion.
Une des conditions exigées par Bossuet pour qu'un gouvernement soit parfait, c'est-à-dire complet, est « qu'il soit tellement souverain quil puisse se soutenir par lui-même sans le secours dune autre puissance^ >>.\}w.^owseYïiidm.evii qui ne se soutient que parle secours d'autrui peut conserver pendant un temps plus ou moins long une existence nominale; en réalité il est mort. Maintenir le pouvoir temporel par une intervention armée perpétuelle dans les Légations, les Marches et l'Ombrie, où le F^ape, réduit à ses propres forces, était hors d'état de se protéger, c'eût été une aberration ; mais l'abandonner atix tentatives révolutionnaires dans Rome, c'eût été une trahison.
11 n'y avait donc qu'une solution impérieuse, parce qu'il n'était pas possible d'en trouver une autre : ne défendre le pouvoir temporel que là où il était la condition de l'immunité ecclésiastique; ailleurs, le laisser subir son inévitable destinée. Or ni dans les Légations, ni dans les