‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 74 sur 177 · Gramont · texte numérisé non relu

Gramont

2. Dc'fensio, pars I, lib. 1, sect. II, cap. v. « lu se supreraum, nullius alleriuslmperii indiguni, nuUialteri obnoxium poteslati. »

DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES. 31 ;i

Marches et l'Ombrie, le pouvoir temporel du Pape n'était indispensable à l'indépendance de la Papauté. Elle avait été indépendante avant d'avoir conquis ces provinces; elle le demeurerait après les avoir perdues aussi bien qu'après la perte du Comtat-Venaissin, de Parme et de Plaisance. Un pouvoir temporel n'était indispensable à la Papauté qu'à Rome : il fallait l'abandonner ailleurs pour le défendre plus énergiquement là. Rome doit demeurer la métropole inviolable du catholicisme, la ville dans laquelle son pontife n'a personne au-dessus de lui : elle devrait être une ville libre, neutralisée, administrée par une municipalité laïque obéissant à l'autorité directe et effective du Pape; les Romains jouiraient du privilège d'exercer en Italie les droits de concitoyenneté comme les habitants du Comtat-Venaissin les avaient exercés en France. Toute neutralité doit être garantie par quelqu'un. Celle de Rome, selon la conception dont Casimir Périer a l'honneur et que le prince Louis-Napoléon eût voulu réaliser pendant sa présidence, serait réservée au Piémont : au nom de la catholicité, il veillerait aux confins de la Ville sainte, au besoin y rentrerait pour rétablir l'ordre, sauf à en sortir aussitôt après. Ainsi la sécurité du Pa[)e serait assurée sans que l'Italie n'ait plus à souffrir d'une intervention étrangère.

Certainement cette solution présente des difficultés, dans lacjuelle n'en trouve-t-on pas? Mais on n'en conçoit pas d'autre possible : en dehors

su L'EMPIRE LIBÉRAL.

il n'y aura qu'un provisoire. Home est une trop grande tête pour un aussi petit corps que celui d'un royaume quelconque. La ville du peuple roi et des Césars, la ville reine ne peut, sans déroger, ceindre sa tête d'une autre couronne que la tiare des Papes. Au milieu des ruines immortelles qui nous racontent x\uguste et Marc-Aurèle, sur les vagues pétrifiées de la vaste et silencieuse campagne, seul peut se tenir debout, sans être écrasé par la majesté des âges, le successeur de Pierre, celui qui s'adresse ui'bi et orhi dans la langue universelle, dans la superbe langue, lapidaire et sonore, auprès de laquelle il n'y a que des dialectes. Tout autre est là un intrus que la Providence ne tolère que pour un temps. En une même ville ne peuvent coexister et se mouvoir en leur indépendance, dignité et sécurité réciproques, un Pape et un Roi, un parlement et un collège de cardinaux. Celui qui s'agenouille paraîtrait trop petit aux pieds de celui qui bénit; et ceux qui relèvent de quelques suffrages humains, trop mesquins à côté de ceux qui sont les élus de Dieu. Le jour où un Pape mystique, las des lamentations vaines et dégoûté des arts impuissants de la politique, ne redoutant pas les outrages, les sit'fiets et le martyre, brisera la prisoQ prudente du Vatican et s'avancera sur sa sella gestatoria^BV la via Sacra, vers Saint-Jeande-Latran, cette incompatibilité éclatera avec une évidence peut-être tragique, soit pour le Pape, soit pour le Roi. La dépouille d'un Pontife mort n'a pu, la nuit, traverser en paix les rues

de la cité conquise'; que n'adviendrait-il pas si un Pontife vivant s'y montrait en plein jour, au milieu du peuple des fidèles accouru de toutes parts pour lui faire cortège? Jusqu'à présenties heurts ont été évités parce qu'on n'a pas établi les contacts; on n'en est pas venu aux mains parce qu'on ne s'est pas rencontré ; un Roi a pu vivre à Home à côté d'un Pape captif : il ne se soutiendrait pas en face d'un Pape en liberté.

1. ÉiiiLE Ollivier, le Pape est-il libre à Route (1882), p. 3 : « Le 13 juillet dernier, ou transporta la dépouille mortelle de Pie IX, de la sépulture temporaire des Papes auprès de la chapelle des chanoines, sous l'humbe pierre qu'il s'était fait préparer à Saint-Laurent. Cette cérémonie aurait dû s'accomplir en plein jour, la foule ayant été convoquée par un invilo -sacro affiché à l'entrée de toutes les églises. Dans une pensée de prudence on choisit les heures de la nuit et on répand la nouvelle à voix basse. Néanmoins les fidèles accourent et viennent en nombre accompagner ce qui reste du Pontife aux longues années, aux mystiques audaces et aux vicissitudes dramatiques. Une horde sauvage assaille le cortège, le rompt et le disperse presque au milieu des huées et des outrages. »

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