CHAPITRE lY
Trois traités séparés furent signés à Zurich le 11 et ratifiés le 17 novembre 1859. Le premier entre la France et l'Autriche, le second entre la France et le Piémont, le troisième entre les trois puissances. Les deux derniers se référaient uniquement à la cession et à l'acquisition de la Lombardie et au paiement par le Piémontde quarante millions de florins à l'Autriche et de soixante millions de francs à la France pour les frais de la guerre, ils ne contenaient pas une ligne sur l'Italie centrale ou la Confédération. 11 n'était question de l'une et de l'autre que dans le traité entre la France et l'Autriche. L'empereur d'Autriche et l'empereur des Français s'engageaient à unir leurs efforts pour obtenir de Sa Sainteté /ev réformes rernnmies indispensahles dans son administration, et à favoriserl'établissement d'une confédération entre les Etats italiens, qui serait i)lacée sous la présidence iionoraire du Saint-Père, et dont ferait partie la Vénétie, restée sous la couronne de
S.M.I. et R. apostolique. — L'insertion de cette clause, alors que la Confédération était dès maintenant mort-née, constituait au moins une superfluité. — L'article, relatif à l'Italie centrale, contenait quelque chose de pire : il réservait les droits des grands-ducs de Modène et de Toscane, ceci était sans danger, mais en motivant cette réserve sur cette maxime juridique : que les circonscriptions territoriales des Etats indépendants d'Italie, qui n'étaient point partie dans la dernière guerre, ne pouvaient être changées qu'avec le concours des puissances qui ont procédé à leur formation et reconnu leur existence. C'était la négation formelle du principe des nationalités, indépendant par sa nature de tous les congrès : les populations de l'Italie centrale tenaient d'ellesmêmes et de leur volonté le droit de se constituer à leur guise, et l'Europe n'était pas plus compétente à l'invalider qu'à le confirmer. L'article 19 revenait à reconnaître dans l'Europe un suzerain collectif, dont tous les Etats indépendants étaient les vassaux et qui pourrait, selon les circonstances, transporter la souveraineté d'une tête sur une autre sans se préoccuper de la volonté des populations. Cet article d'un traité au frontispice duquel était inscrite la formule de la Sainte Alliance : « Au nom de la très sainte et indivisible Trinité », promulguait le désaveu par les diplomates de l'Empire de la politique de l'Empereur'. Sa consécration par un Congrès équi-