De I>oiidre.s, 16 décembre i
LE TRAITÉ DE ZURICH ET LE CONGRÈS. 3i5
Persigny avait, à l'égal de Fleury, ce don heureux de croire que dès qu'il avait parlé on était convaincu. Palmerston ne parut guère dans sa conduite avoir saisi la portée de « la pensée politique noble et élevée ». Du moins les ministres anglais n'eurent plus le droit de prétendre que l'Empereur les eût trompés dans la manière dont il acquit la Savoie, .lusque-là l'Empereur et Walewski avaient nié le projet, parce qu'en effet il avait été abandonné après Villal'ranca; les ministres anglais étaient désormais prévenus que cette acquisition serait la conséquence inévitable des annexions piémontaises, et ils n'avaient qu'à les empêcher ou ne pas les favoriser s'ils tenaient absolument à ne pas nous laisser prendre Nice et la Savoie.
Ces pourparlers firent toucher du doigt à l'Empereur le triste rôle, presque odieux, qu'il aurait joué au Congrès, où il eût été contraint de soutenir, à moins de déloyauté, les prétentions surannées de l'Autriche, contre l'Angleterre s'investissant à sa place du rôle de tribun des peuples. Et qui sait si, les annexions étant condamnées par une majorité dont il serait obligé de faire partie, un mandat européen ne lui serait pas proposé pour procéder au riHablissenienl des Princes légitimes? Il était dans tous les cas certain qu'on lui refuserait Nice et la Savoie, à la
suggestion de l'Angleterre qu'il trouverait ainsi contre lui dans toutes les questions. Ce Congrès ne serait pour lui qu'un guêpier; à tout prix, n'importe comment, il fallait s'en dégager.
Le 22 décembre il fit paraître sous le titre le Pape et le Congrès une brochure rédigée d'après ses inspirations et écrite de ce style élégant, mou, balancé, qui caractérisait la manière de La Guéronnière, d'où se dégageait cependant une thèse d'une précision menaçante pour le Pape: u Le pouvoir temporel est nécessaire et légitime, mais il est incompatible avec un Etat de quelque étendue. Il faut donc le maintenir, mais restreindre au lieu d'étendre son territoire, et diminuer plutôt qu'augmenter le nombre de ses sujets. Pourvu que ce pouvoir soit maintenu à Rome, il n'est pas nécessaire qu'on le défende ailleurs. Le territoire du Pape n'est pas plus indivisible que celui de tout autre souverain ; il a subi des accroissements et des diminutions, et il peut perdre Bologne comme il a perdu Avignon, sans que son autorité spirituelle soit en péril. Qui, d'ailleurs, pourrait, par la force, lui rendre la Piomagne? L'Autriche ne le doit pas, la France ne le veut pas. » Par la généralité de ses formules, la brochure paraissait encourager les Italiens, non seulement à garder Bologne, mais à s'emparer sans se gêner du reste des Etats pontificaux sauf Home.
Cette manifestation imprévue avait pour but d'empêcher la réunion du Congrès. Dans la crainte qu'on ne la prit pas ainsi, devançant les
interprétations, l'Empereur signifia le 28 décembre, par une dépêche télégraphique à Londres, Pétersbourg, Berlin, Stockholm, Lisbonne, Madrid, Naples, Turin,- que la réunion, fixée au 19 janvier, était ajournée 67'y<e die.U ne crut pas nécessaire de l'annoncer au Pa[)e, dont il devinait bien les sentiments. Avant même l'arrivée à Home de la brochure, Pie IX avait dit à Gramonl' : « J'avais eu l'intention de joindre à ma lettre de fin d'année à l'Empereur une autre lettre écrite avec le cœur, mais après avoir réfléchi, je ne l'ai pas envoyée, je m'en remets à la Providence. L'Empereur a déjà trop à faire pour le moment, car bien que le Congrès réunisse toutes les puissances, c'est lui qui tient la stolfa (baguette de chef d'orchestre), et il sera responsable de la musique. » La brochure arrivée, il chargea le cardinal Antonelli d'exprimer son vif mécontentement. Il le fit lui-même dans une allocution qu'il prononça, le P' janvier, en réponse aux félicitations du général de Goyon, commandant de la division : « Il priait Dieu de faire descendre abondamment ses grâces et ses lumières sur le chef auguste de cette armée et de cette nation, afin qu'il puisse marcher sûrement dans sa route difficile et reconnaître encore la fausseté de certains principes produits ces jours derniers dans un opuscule (|u'on peut appeler un rnonuinenl insigne d' hypocrisie el un lissu igncjble de conlradiclions. Nous en sommes