‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 88 sur 177 · Defeiisio, lib. H, cap. xxxiv · texte numérisé non relu

Defeiisio, lib. H, cap. xxxiv

3. RocHBACHER, Histoi7'e universelle de l'Église catholique, l.XC. Dans les documents relatifs à Pépin on donne pour fondement à son trône : electionem omnium francorum.

DE L'EFFET EN FRANCE DE LA LETTRE AU PAPE. 3G"j

protestation, et, certes, ce n'est pas le Piémont réactionnaire, clérical, autrichien, qui les excitait alors à des aspirations cruellement réprimées chez lui. Était-il un séide de Victor-Emmanuel le très orthodoxe et très royaliste Blacas, écrivant à son gouvernement : « Il e^t certain que si les Italiens avaient un puissant allié, ils secoueraient un Jouç quils détestent (4 mai 1821). » Etait-il un séide de Victor-Emmanuel l'auteur du Génie du Christianisme, prophétisant de Rome : « Si quelque impulsion venait du dehors, ou si quelque prince en deçà des Alpes octroyait une charte à ses sujets, une révolution aurait lieu, parce que fout est mûr pour cette révolution (16 avril 1829).

L'existence même du pouvoir temporel n'était pas en question dans la Romagne. En la laissant enlever à la Papauté qu'on protégeait, on ne détruisait pas plus son pouvoir temporel qu'elle ne l'avait détruit elle-même en la cédant par le traité de Tolentino, Le Pape, en tant que prince séculier, n'a pas moins de droits que tout autre prince, mais il n'en a pas plus, et il est soumis aux vicissitudes de toutes principautés qui s'accroissent et diminuent. En fait aucune des raisons qui justitiaient l'insurrection dans les Romagnes n'était, à ce moment-là, aj)j)licable au reste des États pontificaux : la Papauté, pour y maintenir son autorité, n'avait pas eu besoin d'une assistance étrangère et l'Empereur, maintes fois, avait manifesté par des actes sa ferme volonté d'arrêter le Piémont sur ce seuil.

Un seul homme d'Église, le Père Lacordaire,

sut se soustraire « à cet esclavage déshonorant des partis, qui ne sont point formés assurément pour la gloire de Dieu ». Il plane en sa sérénité évangélique et sa conscience incorruptible de croyant et de citoyen au-dessus des évêques bruyamment applaudis, et, sans qu'aucune voix fasse écho à la sienne, il prononce le jugement définitif de l'avenir sur ces sophismes effervescents dont il ne reste plus que de tristes cendres. Les hommes d'État libéraux, devenus papalins, étaient maîtres de l'Académie française; ils crurent faire une manifestation à éclat en proposant la candidature du dominicain en remplacement de Tocqueville. Cela n'alla pas tout seul du côté des évêques; ils reprochaient au Père des lettres favorables à l'Italie; Dupanloup eût voulu qu'il les expliquât, c'est-à-dire, qu'il les rétractât. On lui démontra l'impossibilité morale de risquer une telle sommation, et le Père Lacordaire fut nommé (2 février 1860).

On en attendait après les explications qu'on n'avait pas osé lui demander avant. Il les donna dans une brochure : la Liberté de F Église et de r Italie (23 février 1860). Selon lui l'infériorité du gouvernement pontifical n'était pas qu'il tînt ses rues sales, ses routes mal entretenues, ses finances non équihbrées, la sécurité publique peu défendue, tout cela était réparable; le désavantage de la Papauté devant ses ennemis, « est dans cette circonstance , que le gouvernement papal est un gouvernement d'ancien régime. En 17 89 y la France se leva tout entière en faveur de trois

principes quelle n'a jamais abandonnés depuis : l'égalité civile, la liberté politique et la liberté de conscience. Les deux tiers de r Europe, en soixantedix ans, ont accepté de la France cet ordre d'idées et ce programme de vie. Voilà le fait. Les gouvernements qui .s'y sont conformés sont les gouvernements nouveaux; ceux qui ne les ont pjas admis sont des gouvernements d'ancien régime. Rome est dans ce dernier cas^. »

Les ardents qui avaient organisé l'élection de l'éloquent religieux à titre de protestation véhémente contre la politique du Ponce Pilate impérial lurent ces déclarations avec stupeur. Ils députèrent le plus habile de leurs négociateurs, Falloux, afin d'obtenir de leur élu une contrepartie dans le discours de réception. Guizot, le directeur, était prêt à appuyer tout ce qu'il lui plairait de dire en faveur du Saint-Siège spolié. Lacordaire s'écria qu'il n'avait point à parler du Saint-Siège, l'expédition de 1849 ne tenant que peu de place dans la vie de Tocqueville, et avec une véritable furia d'éloquence contre laquelle toutes les insistances félines de Falloux échouèrent, il défendit les droits des Italiens à une vie nationale et indépendante. «Je ne partage pas vos alarmes au sujet de la situation de l'Église. Home ne pouvait rester dans l'état où elle se trouvait depuis 181 i, dominée par l'autorité et liée à de vieilles traditions politiques et administratives, sans rapport avec l'état présent des mœurs gé-

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