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368 LEMPIRE LIBÉRAL.
nérales. Elle subit une crise douloureuse, qui probablement diminuera son domaine temporel, mais lui donnera une assiette plus solide avec une liberté plus réelle... Il y de part et d'autre bien des choses à regretter, et de même que je ne sacrifie pas le Pape à cause des vices de son gouvernement civil, je ne sacrifie pas l'Italie à cause des violences et des ingratitudes qu'elle se permet. Le gouvernement français, sauf les intentions que j'ignore, me paraît vouloir mener de front les intérêts de l'Italie et ceux de la Papauté '. »
Le déchaînement, sous couleur de religion, des partis hostiles ne permettait pas de maintenir au ministère de l'Intérieur le duc de Padoue, trop faible et trop engagé dans les passions cléricales; on le remplaça par Billault qui appartenait aux idées modernes. A l'égard des évêques, le gouvernement, néanmoins, ne sortit pas d'une longanimité patiente. Il est ridicule de parler à cette occasion de son despotisme et de l'héroïsme de ceux qui le bravèrent. Si, à l'heure où j'écris (j'invoque l'exemple de mon saint ami l'archevêque d'Aix), un évêque se permettait contre le gouvernement le moindre des anathèmes que prodiguèrent à l'Empire leurs pré-
1. FoissET, Correspondance de Lacordaire, t. Il, p. 2''>0. — Lettres du 23 novembre 1859 et du 7 novembre 1860.
décesseurs, son temporel serait à l'instant supprimé. Quand Falloux vint, comme directeur de l'Académie, demander d'approuver l'élection de Lacordaire, l'Empereur lui dit : « Je sanctionne cette élection avec plaisir quoique je ne vous cache pas qu'elle m'a paru un peu étrange et non point faite dans l'intention de me plaire. » Dans la conversation qui suivit, il se plaignit du clergé. <( Je comprends la discussion et je l'admets, mais je ne pouvais pas m'attendre à des attaques aussi violentes et aussi passionnées. On ne me tient pas compte de mes difficultés, comme si je faisais tout ce que je veux au milieu de tant de complications; j'ai toujours été lié à la cause de l'Italie, et il m'est impossible de tourner mes canons contre elle. Vous savez mieux que personne, M. de Falloux, que je n'ai point pris l'engagement, en faisant l'expédition romaine, de garder toujours au Pape ses Etats malgré ses sujets ; personne ne peut l'exiger de moi, et le Pape ne peut pas garder ses États lui tout seul : voilà la vérité. » Et Falloux, ayant laissé échapper le mot de persécution, il s'écria vivement : « Il n'y a point de persécution, il n'y aura jamais de persécution sous mon règne. » Et il n'y en eut aucune. Rouland, le ministre des (lullcs, publia quelques circulaires inoCTensives, l'administration se permit quelques admonestations officieuses. Ce fut tout. Le préfet de Poitiers vint prier M^' Pie, de ne pas publier en chaire la condamnation des erreurs contenues dans la brochure le Pa/ie et le Congrès, comme on lui en
prêtait l'intention ; l'évêque ne tint aucun compte de l'avis, et il ne lui advint aucun désagrément. On n'en raconta pas moins dans le monde entier que M^' Pie s'était présenté, entouré de ses vicaires généraux, au préfet qui menaçait de l'arrêter, et lui avait dit : « Je suis prêt à partir, je n'ai que mon bréviaire à prendre. »
Une poursuite fut intentée contre M^' Dupanloup, mais non à la requête du gouvernement. Un journaliste du Siècle ayant évoqué contre le pouvoir temporel l'opinion d'un évêque d'Orléans de 1810, Rousseau, l'évêque régnant, piétina si etTroyablement son prédécesseur que ]VP' Pie lui-même en fut scandalisé. Le journaliste du Siècle, qui n'avait pas été épargné davantage et s'était vu traité d'homme sans honneur, poursuivit le prélat en diffamation ; les héritiers de M*^'' Rousseau se joignirent à lui. On fît grand éclat de cette poursuite. M^"" Dupanloup fut renvoyé des fins de la plainte par la Cour d'appel, avec des considérants sévères qu'il n'avait que trop mérités, — A Poitiers, l'imprimeur de l'évêché fut poursuivi par le fisc pour violation de la loi du timbre et condamné à cent francs d'amende! (( C'est bien dans de telles heures, écrit pathétiquement le biographe de M^' Pie, que le chrétien éprouve le besoin de s'arracher aux régions agitées de la politique humaine pour reposer son cœur, ne fût-ce qu'un instant, sur les solitudes sacrées, habitées parles hommes de Dieu entre la terre et le ciel. » On sourit de la peine que se donnent tous ces prélats batailleurs pour se
poser en confesseurs et martyrs chaque fois que des verges molles effleurent leurs épaules épiscopales.
La presse jouit de moins d'immunités ; le nouveau ministre ne la ménagea guère : avertissement à la Gazette de France ; avertissement à Y Univers; avertissement au Correspondant pour un article de Montalembert ; saisie d'une brochure de Girardin, Napoléon III et tEarope; saisie du livre de Vacherot, la Démocratie ; suppression du journal la Bretagne, pour avoir inséré une 'protestation de trois députés; enfin suppression de Y Univers, pour avoir publié sans autorisation l'Encyclique récente.L'Z7>i^v'er.9 obtint de reparaître sous le titre de Monde, sans la signature de Veuillot, il est vrai, mais avec tous ses autres collaborateurs.
Le parti républicain se conduisait très honorablement : il plaçait ses convictions au-dessus de sa haine. Sans être contredite par personne, George Sand écrivait : « Ne nous souvenons pas d'hier, ne nous inquiétons pas de demain. Quel que soit le système qui nous gouverne, veuillons avec lui ce qui est beau et juste. Il y a ici quelque chose en jeu qui est plus fort que lui et que nous. Il nous est permis de crier : Vive l'Italie! Crions-le bien haut et de toute notre àme ! Oui, chère Italie, sœur de la France, on naît chez nous avec ton anioui- dans le cœur; je pleure de ne pouvoir être un soldat '. » La presse démocra-