‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 92 sur 177 · CAVOUR ET THOUVENEL LES ANNEXIONS DE L'ITALIE CENTRALE · texte numérisé non relu

CAVOUR ET THOUVENEL LES ANNEXIONS DE L'ITALIE CENTRALE

Cavour, remis de sa folie de Villafranca et revenu à Léri après un voyage en Suisse, supportait impatiemment son oisiveté politique. Il ne se contentait pas du rôle de conseiller extraordinaire qu'on lui donnait de temps en temps. De la bienveillance il avait passé à la critique, au mauvais vouloir, à l'injustice, à l'hostilité. Il blâmait les actes les plus irréprochables, imputait les torts les plus chimériques. Le cabinet l'avait désigné comme plénipotentiaire au Congrès et le lui avait fait savoir; mais avant que la nomination devînt officielle il fallait s'assurer l'assentiment de l'Empereur et du Koi. L'Empereur ne fît aucune objection : au contraire, il serait enchanté de le voir au Congrès et comptait sur lui. Le Roi se fit un peu plus prier, et enfin se décida. Cavour accusa le ministère de ces retards. — Rattazzi avait très habilement, par un connubïo semblable à

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celui qu'il conclut autrefois avec Cavour, rallié à sa politique une partie de la gauche avancée •en nommant gouverneurs de province deux de ses coryphées, Lorenzo Valerio et Depretis. Cavour vit là un acte d'hostilité personnelle parce que Valerio et Depretis l'avaient combattu. Il reprocha à Rattazzi, galant homme incapable d'une déloyauté, des attaques de journaux que celui-ci désavouait. Enfin poussant à l'extrême l'aveuglement d'une ambition hors d'elle, il déclara à La Marmora, son ami de tous les temps, qu'il cesserait de le traiter en ami même privé, à cause de l'appui qu'il donnait à Garibaldi contre lui. Or voici en quoi avait consisté cet appui. Sa ■démission donnée, le général ne s'était pas rendu à Caprera, il s'était arrêté à Gênes, avait rôdé en Lombardie, puis à Turin. Il avait abandonné la présidence honoraire de l'association unitaire de La Farina et annonçait la formation d'une autre plus prononcée, celle de la Nation (innée. La Marmora et Dabormida déclarèrent au Roi qu'ils ne voulaient pas dans l'Etat un pouvoir à coté du leur, ni une armée à côté de l'armée royale, que si Garibaldi n'était pas invité à quitter Turin, ils ne demeureraient point dans le Conseil. Victor- Emmanuel, après quelques hésitations, accorda le départ de Garibaldi, mais il eût voulu lui donner un nouveau témoignage d'estime en lui conférant le titre d'inspecteur général des gardes nationales de Lombardie. Malgié l'assentiment <Je Rattazzi, Dabormida et La Marmora s'opposèrent, et le Roi dut se résigner au départ pur et

simple. Voilà ce que Cavour appelait soutenir Garibaldi contre lui.

L'opinion publique secondait avec impétuosité les menées de Cavour. Les ministres étaient criblés d'épigrammes : « ils étaient lâches, La Marmora entêté, Dabormida stupide, Rattazzi envenimé, prêt à tout ce qu'il y a de pire' ». Quelle injustice! Que serait devenu le pauvre Piémont si l'Empereur, ofTensé de ses mauvais procédés, avait retiré ses troupes et l'avait livré aux Autrichiens? il n'aurait pas même conservé la Lombardie, qu'un traité en forme ne lui assurait pas encore.Cavourministren'auraitpas agi autrement que ceux qu'il critiquait. N'avait-il pas écrit à Dabormida : « Il est bon que vous soyez accusé de prudence et même de timidité^ » Et certes accepter les annexions, même avec les tempéraments qu'on y avait mis, alors qu'on négociait à Zurich, « ce n'était ni timide, ni modéré mais hardi, et cela allait jusqu'à cette extrême limite au delà de laquelle l'audace serait devenue une aventure' ». Mais à certaines heures l'évidence même ne peut rien contre le parti pris. On était impatient de sortir du provisoire, de conclure, et l'on considérait Cavour comme seul doué de l'autorité nécessaire pour entraîner ou braver l'Empereur, Les ministres ne tentèrent pas la lutte impossible, et à l'occasion d'un dissentiment sur la convocation du parlement, ils don-

i. D'AZEIJLIO.

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