‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 93 sur 177 · septembre · texte numérisé non relu

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.3. Discours du 11 juin 1860.

nèrent leur démission en engageant le Roi à appeler leur adversaire.

Le Roi se fit encore prier. H se souvenait trop de ses insolences, de son abandon au moment critique, il redoutait surtout ses immixtions dans sa vie privée, et il ne le chargea de former un cabinet, qu'après en avoir obtenu l'engagement solennel, négocié par Castelli, de ne jamais s'occuper ni directement ni indirectement de ses relations avec la Rosina. Cavour s'attribua les Affaires étrangères et l'Intérieur, et, pour bien marquer la politique qu'il allait suivre, il confia la Guerre au général Fanti et lui conserva le commandement de l'armée de l'Emilie . préludant à la fusion politique par la fusion militaire.

La tâche de Cavour fut facilitée par la substitution de Thouvenel à W'alewski. Le nouveau ministre arrivait aux affaires avec des idées opposées à celles de son prédécesseur : il considérait <c la restauration des dynasties dans les Duchés et, en moindre degré, le retour des Légations au Saint-Siège comme des impossibilités » ; il admettait la n(;cessité de consulter l'intérêt et le vu'u des populations italiennes, sauf, si elles prononçaient l'annexion, à réclamer, comme garantie de nos frontières, la Savoie et Nice; il comprenait la nécessité de chercher des combinaisons spéciales pour rassurer les catho-

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liques ; il pensait aussi que son prédécesseur avait eu tort de poursuivre une politique personnelle à côté de celle du souverain; ambassadeur, il avait souffert de cette contradiction perpétuelle et de l'air de duplicité qu'elle donnait, et il n'en imposerait pas l'embarras à ses agents; il exprimerait la pensée de l'Empereur, sauf à se retirer s'il ne croyait plus pouvoir honorablement la servir. 11 fut sans conteste le ministre des Affaires étrangères le plus distingué de l'Empire. Instruit, loyal, spirituel, rédacteur souple, ferme et brillant, connaissant à fond notre tradition diplomatique, il portait malheureusement avec peine le poids des responsabilités ; il ne s'épouvantait d'aucun devoir, mais il souffrait des délibérations à travers lesquelles il fallait le chercher; l'angoisse des affaires le fatiguait à ce point que jeune encore il avait presque l'apparence d'un vieillard.

11 trouva à Rome comme ambassadeur Gramont, son ami, dont le concours lui était assuré, et à Turin Talleyrand, qui venait d'y être nommé en remplacement de la Tour d'Auvergne envoyé à Berlin. Cavour, en même temps, remplaçait Des Ambrois, le successeur de Villamarina, par un jeune diplomate que nous rencontrerons souvent, le chevalier Nigra.

Les rapports de Napoléon III et de Cavour prirent alors un caractère nouveau. Jusque-là l'Empereur conduisait et Cavour suivait, désormais ce sera Cavour qui conduira et l'Empereur qui suivra; jusque-là Napoléon IH avait fait ce qu'il

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avait voulu, désormais sa volonté sera subordonnée à celle de Cavour; il en obtiendra toujours de la déférence et des respects, mais non plus de la soumission.

A l'abordée, Cavour désavoua auprès de notre ministre son appréciation furibonde de la paix de Villafranca : «. Il avait appris à la bénir en voyant l'Italie prouver à l'Europe, par son attitude calme et persévérante, combien elle était digne de se gouverner elle-même. » Il renouvela la même amende bonorable au prince Napoléon : « L'Italie a plus que jamais besoin de l'appui de la France; près du but, après bien des efforts, elle ne saurait l'atteindre si l'Empereur, en la prenant par la main, ne l'aidait à surmonter les obstacles qui l'en séparent encore. — Depuis ma dernière entrevue avecVotreAltesse que de grands événements ! Combien les germes contenus dans le traité de Villafranca se sont développés d'une manière merveilleuse ! La campagne politique qui a suivi a été aussi glorieuse pour l'Empereur, plus avantageuse pour l'Italie que la campagne militaire qui l'a précédée. La conduite de l'Em- |)ereur envers Rome, la réponse à l'arclievêque (le l)ordeaux, sou immortelle brochure, la lettre au l*ape, sont à mes yeux des titres à la reconnaissance des Italiens plus grands que les victoires de Magenta et de Solferino elles-mêmes. (Jue de fois, en relisant dans ma solitude ces pièces historiques, je me suis écrié : Bénie soit la paix de Villefranciie! sans elle la question romaine, de toute la plus importante, non seu-

lement pour l'Italie, mais pour la France et l'Europe, n'aurait pu recevoir une solution complète sanctionnée sans réserve par l'opinion publique. En portant un coup mortel non à la religion mais aux ])rincipes ultramontains qui la dénaturent, l'Empereur a rendu à la société moderne le plus grand service qu'il soit possible de lui rendre. 11 a acquis par là le droit d'être rangé parmi les plus grands bienfaiteurs de l'humanité (27 janvier 1860). »

Cavour annonçant son intention d'accentuer la politique annexionniste du cabinet, Talleyrand l'engagea à ne rien précipiter et à attendre le résultat des communications importantes qui s'échangeaient entre la France et l'Angleterre depuis l'arrivée de Thouvenel à Paris.

La reine Victoria eût voulu qu'on laissât l'Empereur se débrouiller tout seul et qu'on n'intervînt pas dans les affaires italiennes pour l'aider, Palmerston avait trop le goût de s'occuper de tout ce qui se passait dans le monde pour ne pas profiter d'une si bonne occasion de s'agiter. Le 30 janvier son cabinet soumettait à Vienne et à Paris quatre propositions : 1" la France et l'Autriche renonceraient à intervenir désormais dans les afTaires intérieures de l'Italie, à moins d'y être appelées par l'assentiment unanime des grandes puissances; 2"* le gouvernement de l'Empereur s'entendrait avec le Saint-Père pour évacuer les États romains lorsque l'organisation de son armée le permettrait et que nos troupes pourraient être retirées de Rome sans danger

pour le maintien de l'ordre; notre armée quitterait également le nord de l'Italie dans un délai convenable; 3" l'organisation intérieure de la Vénétie serait laissée en dehors des négociations entre les puissances : 4" le roi de Sardaigne serait invité par le gouvernement de l'Empereur et celui de S. M. britannique, agissant de concert, à ne point envoyer de troupes dans l'Italie centrale jusqu'à ce que ces divers États et provinces eussent, par un nouveau vote de leurs assemblées, après une nouvelle élection, solennellement déclaré leurs vœux, et si ces assemblées se prononçaient en faveur de l'annexion, la France et la Grande-Bretagne ne s'opposeraient plus à l'entrée des troupes sardes.

L'Empereur adhéra sans observations au premier point, la non-intervention étant le principe de sa politique en Italie depuis Villafranca. — II acquiesça aussi au second point, en insistant cependant sur les précautions dont les retraits de troupes devraient être entourés dans l'intérêt du Saint-Père. — 11 fut moins approbatif sur le troisième, la Vénétie. L'Autriche, loin de s'adoucir, soumettait la malheureuse province à un gouvernement plus dur. à des vexations plus nombreuses, plus irritantes que jamais : était soumis à l'enrôlement forcé dans les compagnies de discipline tout individu qui, par ses antécédents ou sa conduite, paraîtiait susceptible de tenter quelque hostilité; une immense émigration dépeuplait le pays. Palmerston et Russell dont la .sensibilité était surtout j)olitique. ayant alors

intérêt à ne pas s'aliéner l'Autriche, voulaient ignorer la Vénétie; l'Empereur, qui était sincèrement touché de ses infortunes, se réserva la faculté d'examiner les concessions que l'Autriche pourrait faire et par conséquent de les provoquer. — Le quatrième point sur l'Italie centrale répondait à ses idées. Aussi ne souleva-t-il d'abord qu'une objection sur le mode de consulter les populations, qui devrait être,, selon la tradition impériale, le suffrage universel et non le vote des assemblées. Russell ne voulait pas entendre parler de suffrage universel. Palmerston s'y décida et y ramena ses collègues. Malgré cette concession, l'Empereur au moment de consentir fut troublé par la série de ses engagements : engagement envers l'Autriche de contribuer, si ce n'est par la force, à la restauration des princes ; engagement envers le Pape de défendre tous ses droits de souverain ; engagement envers la Russie et la Prusse de ne pas les exclure du règlement des affaires italiennes. Il ne crut pas honorable d'adhérer à la quatrième proposition anglaise, quoique la jugeant excellente, avant de s'être expliqué avec ceux auxquels il avait donné des assurances de concours, de protection ou d'entente.

Les Italiens, faciles à la coufiance, ne considérèrent cette consultation de l'Empereur avec les puissances que comme une formalité, ils crurent le but atteint. Cavour communiqua à Ricasoli les propositions anglaises « avec une profonde et joyeuse commotion d'àme », et il fut très sur-

pris que celui-ci, ne se montrant pas satisfait, lui répondit : « Pourquoi un nouveau vote? Ce serait une insulte à l'assemblée et au peuple toscan, le premier vote suffit. » Cavour fit remarquer au terrible baron que lorsque l'assemblée toscane avait été élue. Napoléon III, lié par les préliminaires de Villafranca, ne dut attacber aucune importance à un vote contraire aux stipulations récentes. Comment, sans se contredire, tiendrait-il aujourd'bui pour bon ce qu'à l'origine il avait déclaré mauvais? — Soit, répliqua Ricasoli, nous provoquerons une manifestation nouvelle de la volonté populaire, mais par le suffrage universel : ainsi nous ne paraîtrons pas infirmer le vote de l'assemblée.

Les réponses de la Russie et de la Prusse à l'interrogation de l'Empereur sur la quatrième proposition anglaise ne furent ni approbatives ni décourageantes; elles proposaient une conférence des cinq grandes puissances qui examineraient la situation de l'Italie en prenant comme renseignoment acquis, siins uouvelle élection, le vote précédent des assemblées, — Les réponses de Vienne et de Rome furent négatives. L'Au- Iricbc excluait, il est vrai, Vinlervention armée (htns F lldljc rnntralc, mais en insistant sur les stipulations de Villafranca et de Zuricb dont elle réclamait l'exécution. — Le Pape, moins que

jamais, voulait entendre parler d'une combinaison quelconque. Du reste, il était presque impossible, en ce moment, de traiter sérieusement avec lui. Sa loquacité était devenue si fâcheuse, son indiscrétion si intempérante, qu'il discréditait lui-même les nouvelles qu'il annonçait : on parlait tout haut de l'amoindrissement de ses facultés'. L'Empereur cependant, à qui il était douloureux de blesser ce saint pontife qu'il aimait, pria Victor-Emmanuel de s'adresser lui-même au Pape et de faire acte de déférence; peut-être cette démarche le fléchirait-elle.

Victor-Emmanuel exécute le conseil d'une façon absolument imprévue. Pour obtenir le vicariat des Uomagnes, il a l'idée de demander d'y joindre celui des Marches et de l'Ombrie; on lui refusait une partie, pour simplifier il demande le tout. « Le roi de Sardaigne, écrit-il à Pie IX, exercerait, sous la haute souveraineté du pontife, le pouvoir exécutif dans ces provinces; le roi, en retour, assumerait l'obligation de contribuer pour une large part aux dépenses du Saint-Siège et de le défendre contre toute agression étrangère, de maintenir son indépendance même par les armes; les citoyens de Rome et du territoire qui resteraient soumis directement à la domination pontificale jouiraient des droits civils et politiques dans le royaume d'Italie. » Cette solution était celle que nous avons jugée la seule possible, mais il est des renoncements

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