‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 95 sur 177 · l"" mars · texte numérisé non relu

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CAVOUR ET THOUVEXEL. 391

« que l'opiniâtreté et l'aveuglement résidaient dans le Pape lui-même >» et qu'il ne fallait en attendre aucune condescendance, il résolut de rappeler ses troupes au plus tôt. Gramont, qui sentait le soulèvement prochain des Marches et de rOmbrie, l'y encouragea : « Si Cavour attaque les Marches et l'Ombrie pendant que nous sommes à Rome, l'opinion publique n'admettra pas, sans de très violentes récriminations, la position fausse et gênée de nos troupes, gardant le Pape et assistant, l'arme au bras, à l'invasion pic'-montaise dans tout le reste de ses États. >^ 11 suggéra de proposer au roi de Naples de prendre notre place de gardien du Saint-Père : il fut autorisé à engager secrètement la négociation.

En Toscane notre ministre somma Ricasoli de renoncer au plébiscite. '< C'est impossible, répliqua Ricasoli, le peuple est convoqué. — Mais nos propositions, dit Thouvenel, constituent un ultimatum: si on n'en tient pas compte, sans devenir ennemi, nous cesserons d'être allié et nous retirerons immédiatement nos troupes de la Lombardie. » Le prince Napoléon, suspendant un instant le combat qu'il livrait à l'Impératrice autour de l'Empereur, approuvait cette attitude, ce qui faisait dire à Cavour -< notre ex-ami le Prince ». Arese rassura : « Ultimatum à l'eau de rose », écrivit-il. En effet, qu'avaient à craindre les Toscans? Nos troupes ne se rapprocheraient pas d'eux, elles s'en éloigneraient, et elles quitteraient Milan en y laissant la certitude que les Autrichiens ne les y remplaceraient pas. Cavour,

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Farini, Ricasoli purent déployer de riiéroïsme à bon marché. Ils répétèrent, pour mettre en extase le bon et pesant Nicomède Blanchi, toutes les variations connues sur le thème : Potius mori quam fœdari. Leur seule audace consista à retirer Buoncompagni de Florence, à tolérer au dernier moment les manifestations de la presse en faveur de l'autonomie, à pousser au scrutin les engourdis, à compter les voix, à constater en Toscane (M et 12 mars) 366 571 oui contre 14925 non, en Emilie 426 006 oui contre 755 non, à porter ce résultat à Turin, à le présenter au Roi en prononçant une belle harangue de congratulation, à entendre une non moins belle réponse de remerciements, et à rentrer tranquillement chez eux.

Le 22 mars un décret royal annexa la Toscane et rÉmilie; le 23, un autre nomma le prince de Carignan gouverneur général, et convoqua au 2 avril la législature du nouveau royaume.

L'Empereur retira ses troupes de la Lombardie. Les Italiens s'en étant montrés mécontents, il eut la bonté de les rassurer : il n'entendait nullement combattre les résolutions auxquelles le Piémont avait cru devoir s'arrêter à l'égard de ritalie centrale; il voulait simplement remplir un devoir international; désormais il serait d'autant plus autorisé à s'opposer à une intervention étrangère qu'il pourrait invoquer son empressement à mettre un terme à la sienne.

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