‹ L'Empire libéral; études, récits, souvenirs: (volume 5)Chapitre 96 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Indépendamment même de l'annexion de la Toscane à laquelle l'Empereur s'opposait, Victor- Emmanuel avait acquis, par celle des Légations déjà consommée en fait, cet accroissement de populations qui, aux termes de l'article III du traité du 10 décembre 1858, devait entraîner la réunion de la Savoie et de Nice à la Erance. En conséquence, une lettre secrète et confidentielle chargea La Tour d'Auvergne de mettre le gouvernement sarde en demeure, ou de constater par une note qu'il considérait l'engagement de l'article III du traité du 10 décembre 1858 comme toujours valable, ou de procéder à la signature d'un nouvel acte secret qui en serait l'équivalent. En môme temps une circulaire officielle, sans viser bien entendu le traité secret, réclama iNice et la Savoie comme une nécessité géograpliique pour la sécurité de nos frontières, bien que l'annexion de tous les Etats de f Itid'ie centrale à lu Savoie ne fût pas complète.

L'Empereur, dans son discours d'ouverture au Corps législatif, confirma la circulaire de son ministre : « Tout en laissant au roi de Sardaigne l'entière liberté de ses actes, je lui ai conseillé de l'épondre favorablement aux vœux des provinces qui s'offraient à lui, mais de maintenir l'autonomie de la Toscane et les droits du Saint-Siège. En présence de cette transformation de l'Italie du Nord, qui donne à un État puissant tous les passages des Alpes, il était de mon devoir, pour la sûreté de nos frontières, de réclamer les versants français des montagnes'. » Ainsi il n'y avait aucun marchandage de notre part* L'Empereur ne s'opposa pas à l'annexion de la Toscane, afin de se faire payer son consentement par la cession de Nice, il réclama Nice en même temps que la Savoie, tout en s'opposant à la destruction de l'autonomie toscane.

Victor-Emmanuel et Gavour se conduisirent avec la loyauté de gentilshommes. Ils auraient pu épiloguer, soutenir que cette cession n'avait été promise que si l'agrandissement territorial du Piémont était procaré par nos armes, et qu'on ne le devait quà la volonté des populations . Nous leur aurions répondu que cette volonté des populations serait restée lettre morte si notre armée n'avait imposé à l'Autriche la non-intervention. Cavour nous épargna cette discussion : il ne joua pas vis-à-vis de nous la comédie de douleur qu'il a servie à son public italien ; il n'abandonna pas la

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