Circulaire de Thouvenel du 10 mars
opportun des nécessités qui peuvent résulter de la neutralisation de certains territoires (3 mars).
Cavour se montra coulant sur les objections de Thouvenel : il avait indiqué le suffrage universel dans ridée de répondre aux prédilections de l'Empereur; du reste, une fois le principe de lagrémentdespopulationsposé et admis, le mode lui paraissait indifférent. Il ne contesta pas qu'il nous appartenait d'aplanir les difficultés avec la Suisse s'il en surgissait ; toutefois il ne pouvait céder une province sans céder en même temps les charges qui pesaient sur elle. Mais il tenait à ce que la note à échanger ne se référât pas au traité secret du 10 décembre 1858 : « Il a été si souvent nié et de tant de parts différentes que la bonne foi de bien des personnes se trouve engagée; tout dernièrement encore, John Russell a invoqué le nom et la parole de Walewski pour en contester l'existence; ne serait-il pas prudent de prévenir des récriminations en le détruisant? »
L'Empereur ne s'y refusa pas. — Dans ce cas, observa Thouvenel, une note minislérielle ne se référant pas à un acte revêtu de la sanction des souverains ne déterminerait pas suffisamment les positions et les engagements réciproques ; il y aurait lieu de procéder à la signature d'un acte nouveau, secret tant qu'on le jugerait nécessaire, mais rédigé de manière à pouvoir être publié plus lard sans inconvénient (7 mars). — Et à l'appui de sa proposition, Thouvenel envoya le projet de ce traité nouveau. Talleyrand se servit fort habilement du vif désir que manifestait Cavour de
faire disparaître toute trace de l'arrangement si souvent nié de 1858, et obtint l'approbation du projet de Thouvenel moyennant quelques modifications de détail : la substitution du mot de réunion à celui de cession et celui de ancienne province de Nice k province de Nice'.
Cavour et Talleyrand signèrent, le J2 mars, le traité en deux copies. A celle envoyée à Thouvenel par un courrier de cabinet on joignit l'exemplaire piémontais du traité de 1858. Il fut brûlé en même temps que celui qu'on possédait à Paris. On put désormais le nier à l'aise.
Le lendemain même du traité, Thouvenel, dans une dépêche logique et élevée, notifia à toutes les cours d'Europe la cession de Nice et de la Savoie : — « L'Empereur s'était efforcé d'empêcher les annexions qui la rendraient indispensable, il avait été obligé de s'y résoudre parce qu'il n'y avait pas réussi. Ce n'est point au nom des idées de nationalilé, ce n'est point comme frontières naturelles, ce n'est pas non plus avec des idées de conquête qu'il avait réclamé ces proviuces, c'est uniquement à titre de garantie, et dans des circonstances telles que l'esprit ne conçoit pas qu'elles se reproduisent nulle part. »
1. I>e gouvernemoiil acluel coiniueiKiit, depuis une loi Rattazzi, San Remo et Oueglia.
Peu de jours après l'Empereur, dont la politique était maintenant conforme à celle de son ministre, renouvela, presque dans les mêmes termes, les mômes déclarations : « Les circonstances dans lesquelles se produit cette rectification de frontières sont si exceptionnelles, que tout en répondant à des intérêts légitimes elles ne blessent aucun principe et n'établissent aucun précédent dangereux. En efTet, ce n'est ni par la conquête ni par l'insurrection que la Savoie et Nice sont réunies à la France, mais par le libre consentement du souverain légitime appuyé de r adhésion populaire '. »
John Russell répondit par une dépêche toute en aigreur : « L'Empereur s'était engagé à soumettre la question de la Savoie et de Nice à la sagesse de l'Europe; il manquait à cet engagement. L'accroissement du Piémont ne fait ni aujourd'hui ni plus tard courir aucun danger à la France, qui restera toujours supérieure en forces à son petit voisin ; le péril contre lequel on prend ces garanties est imaginaire ; la Suisse seule serait menacée par l'acquisition de territoires neutres; cette annexion ne peut être considérée que comme le recommencement de l'ancienne politique d'agrandissement territorial, cause d'innombrables calamités : on revendique aujourd'hui Nice, l'Europe redoutera que demain on ne revendique le Rhin et la Belgique; le petit avantage que la France obtiendra sera plus que