Mémoires du chancelier Pasquier, t. II, p
temps qu'il lui faut pour tenter et mettre à fin une entreprise qui n'exigera qu'une campagne et remploi d'une armée de 30 000 hommes. L'Espagne surprise n'y mettra aucun obstacle sérieux; dégoûtée de son gouvernement, préparées des innovations nécessaires, elle recevra en libérateurs les soldats de Votre Majesté '. »
Une fois cependant, en 1805, il parut avoir une idée personnelle. Il conseilla une alliance avec l'Autriche, dont la conséquence devait être une irréconciliable et permanente hostilité entre la France et la Russie. Dépouillée de ses possessions en Italie et en Souabe, augmentée de la Moldavie, la Yalachie, la Bessarabie et d'une partie de la Bulgarie, l'Autriche serait postée ainsi sur le Danube en sentinelle d'avant-garde contre la Russie. Les Russes, comprimés dans leurs déserts, porteraient leurs inquiétudes et leurs efforts vers le midi de l'Asie, où le cours des événements les mettrait en présence et en opposition avec les Anglais aujourd'hui leurs alliés^
Cette politique, dénuée de prévision et de possibilité même alors, dénoterait un fort médiocre jugement si elle ne marquait plus encore de corruption. « L'attribuer à une préoccupation sur l'équilibre européen, a dit le chancelier Pasquier, serait une naïveté un peu trop forte. » Il voulait que l'Autriche ftit maintenue à tout prix, « parce que ses meilleures affaires s'étaient
1. MoNTHOLON, Récits de la captivité. — Thiers, t. VIII, p. 251. — Mémoires de Pasquier, t.<n, p. 329, 351, 352.