HISTOIRES DE LA RÉVOLUTION
de crimes, de vertus. Histoire pleine de deuil, pleine surtout de foi, semblable au drame antique où, pendant que le narrateur fait le récit, le chœur du peuple chante la gloire, pleure les victimes et élève un hymne de consolation et d'espérance à Dieu. »
L'admiration de Napoléon et celle de la Révolution, loin de se paralyser, s'excitèrent à l'envi; les volumes de Thiers et ceux de Lamartine se trouvaient dans les mêmes mains et avec un égal applaudissement. Une hirondelle n'arrive jamais seule. A l'histoire de Lamartine firent cortège celles de Michelet et de Louis Blanc : celle de Michelet ouverte par une éblouissante préface, et qui mieux que toute autre nous rendait l'unanimité d'enivrement des premiers jours de 89; celle de Louis Blanc, éloquente tentative d'une apologie impossible du terne et féroce Jacobinisme. L'ennui public en fut guéri. On recommença à vivre, à penser à autre chose qu'aux moyens de s'enrichir. Le mouvement de prosélytisme, si péniblement contenu par Louis- Philippe au début de son règne, se réveilla ayant pris de nouvelles forces dans un court sommeil. Les affaires des Suisses et des Italiens redevinrent les nôtres; dans les lieux publics aussi bien que dans les familles, on discutait avec plus de passion sur le Sunderbund, Charles-Albert et Pie IX, que sur la réforme et l'adjonction des capacités; c'est à qui répéterait les paroles suprêmes de Sainte-Hélène : « Il est des désirs de nationalité qu'il faut satisfaire. »
Dans l'excès de notre confiance nous ne prenions pas la peine de nous enquérir des dispositions intimes des peuples auxquels nous étions impatients de nous dévouer; sentant plus que jamais toute la sincérité de notre affection, nous ne doutions pas qu'elle ne nous fût rendue. A/?7or che a nullo amato amar perdona, disions-nous aussi ; est-il possible de n'être pas aimé par qui on aime ? Oui, c'est possible, et le devoir douloureux de riiistorien est de le constater.