SENTIMENTS DES ITALIENS ET DES ALLE- MANDS A NOTRE ÉGARD
La plupart des peuples dont les intérêts nous passionnaient plus que les nôtres, ne nous témoignèrent pas des défiances moins blessantes que celles dont nous fûmes poursuivis par les ministres anglais. Les Polonais et les Grecs se montrèrent affectueux et reconnaissants. Les Russes, quoique ne nous devant rien, ne s'associèrent pas aux antipathies de leur Tsar. Paris était pour eux le centre de la civilisation ; ils ne savaient rien de ce qui se disait ou se faisait ailleurs; ils parlaient notre langue; les souvenirs de leurs généraux se portaient avec plaisir sur l'époque de lalliance avec Napoléon ^ Quant aux autres, tandis que nous nous occupions
i. Conversation de l'ambassadeur anglais avec l'ambassadeur français, citée par M. Thureau-Dangin, t. IV, p. 309 en note.
d'eux pour les affranchir, ils s'occupaient de nous pour nous décrier ou nous haïr.
Le président de Brosses n'avait pas trouvé amis les Italiens de son temps: « Les Anglais, écrivait-il, sont la nation chérie des Romains à cause de l'argent qu'ils apportent, le fond du cœur est pour les Allemands par toute l'Italie \ )> Aujourd'hui le fond du cœur des Italiens est de nouveau pour les Allemands. Dans les années qui suivirent 1815 ils les détestèrent provisoirement sans nous aimer davantage. Alors comme au temps passé nous comptâmes toujours des amis très sincères et parmi les plus illustres et les meilleurs. Mais les /loirs, les papalins, tournés vers l'Autriche, nous détestaient comme les propagateurs de la Révolution ; les patriotes nous suspectaient parce que nous avions déjà commencé à les servir : ils en étaient au 3Ii6Vgallo d'Alfieri, et une des premières vertus patriotiques, à leurs yeux, était de se déclarer ennemis des Français, tout en profitant de leur hospitalité, de leur bourse et de leur plume. Leopardi stigmatisait Xd. Frauda scelerata e nigra; Gioberti déclarait redouter les Français amis plus que les Allemands ennemis et, cherchant la malédiction égale à tout le mal que, selon lui, nous avions fait au monde, il nous souhaitait la République ; en désaccord sur tout le reste avec Mazzini, il se rencontrait avec lui pour nous déprécier.