Lutèce (préface
toutes les contrées qui entourent ce royaume et bien au delà... »
Les peuples se trompaient. A la vérité, la France, toujours sensible au talent, admirait, comme orateurs ou écrivains, quelques-uns de ces fanfarons, mais elle n'attachait pas à leurs petits manèges plus d'importance que ne le faisaient les diplomates étrangers.
^ 3. — l'opposition systématique, encore thiers.
Le mal de la fanfaronnade ne datait que de 1830 ; il en était un autre plus ancien, qui se développa parallèlement avec le premier et souvent à l'aide des mêmes personnages et contribua grandement à la défaveur incrédule par laquelle TEurope répondit à notre désintéressement : le mal de l'opposition systématique.
En Angleterre et dans presque tous les pays, dès que l'on se trouve aux prises avec l'étranger il n'y a plus de partis : en France, c'est surtout alors que les ennemis du gouvernement se découvrent, espérant ainsi le mieux terrasser en l'assaillant par derrière. Quoi qu'il fasse, ils le condamnent ; tout ce qu'il ne fait pas aurait dû être fait : est-il pacifique, ils l'accusent de lâcheté; est-il belliqueux? ils lui reprochent sa barbarie ; réussit-il ? ils amoindrissent ses succès; échoue-t-il? ils l'accablent; qu'il réussisse ou quil échoue, le bon droit n'était pas de son
côté, mais avec celui dont il a été le vainqueur ou qui l'a vaincu.
Personne n'est infaillible ni constamment heureux ; l'intervention des causes fortuites dérange les meilleurs calculs; « cette souveraine, secrète et inconnue puissance qu'on appelle la fatalité maintient toujours son avantage au travers des conseils; » les témérités les plus folles n'éloignent pas toujours la fortune, les prévoyances les plus judicieuses ne la retiennent pas à coup sûr. Aussi, tôt ou tard, l'embarras ou la catastropheattendue, appelée, éclate. Alors on tombe sur le chef d'Etat détesté, on le terrasse, et, la patrie eût-elle succombé dans ce drame, on chante victoire.
Nos pères ignoraient ces mœurs. Selon eux, Machiavel l'avait observé pendant ses séjours en France, le roi ne pouvait rien faire qui fût ignominieux ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune ; qu'il fût victorieux ou vaincu, ils déclaraient toujours sa conduite digne d'un roi^ Ce fut sous la Fronde que ces belles mœurs de loyauté commencèrent à s'altérer. Du jour où le vainqueur de Rocroi, cet oiseau de proie intrépide et insatiable, commit la traîtrise de s'allier avec l'Espagne contre son roi, il y eut des gens « qui ne célébraient pas nos victoires avec la même joie qu'ils sentaient nos pertes' ».
L'émigration, les trahisons de 1814 et de 1815, créèrent des mœurs décidément nouvelles