M"^^ DE MOTTEVILLE
dont on ne saurait rendre la Révolution responsable et qui, selon l'usage justicier, se retournèrent contre ceux qui les avaient introduites. Lors de l'expédition d'Espagne en 1823, pendant que les orateurs illustres, Daru, Benjamin Constant, Foy, Barante, Victor de Broglie, Royer-Collard, combattaient au nom de la justice une expédition dirigée a contre la noble cause pour laquelle Hampden était mort au champ d'honneur et lord Russell sur l'échafaud », une chanson de Béranger répandue dans les casernes et les bivouacs conseillait nettement la trahison :
— Mon ancien, qu' pensez-vous de la fruerre?
— Mon petit, ça n'ira jamais bien !
V la zun prince qui ne s'y connaît guère C'est un' poir" molF de bon-chrétien.
Bientôt l' fils d'Henri quatre Voudra qu'un jour d'action On n' puisse aller combattre Sans billet d'confession. Brav' soldats... demi-tour.
(Nouvel ordre du jour.)
Et comme les brav' soldats ne faisaient pas demi-tour, des bandes de révolutionnaires s'organisaient pour tirer le coup de feu contre les soldats Français, à côté des Espagnols.
En 1830. lors de l'expédition d'Alger, il ne pouvait être question de Hampden et de Russell et de leur noble cause, l'injure était manifeste, l'intérêt civilisateur hors de doute, le soulèvement de l'opposition fut cependant plus una-
nime et plus déchaîné qu'en 1823. Les mêmes écrivains qui reprochaient naguère au gouvernement de ne pas savoir faire justice des insultes d'un potentat barbare et de laisser ainsi humilier la France, l'accusaient maintenant de vouloir précipiter le pays dans une entreprise à peu près impossible et qui, même triomphante, ne produirait aucun résultat utile. Après avoir grossi les périls et les privations auxquels nos soldats allaient être exposés, afin qu'ils n'eussent pas la force de les surmonter, ils vilipendaient le chef auquel le commandement était confié, Bourmont, et ils rappelaient sa triste conduite à la veille de Waterloo, au seul moment où il eût été patriotique de la taire. D'après le député de La Borde, le ministère n'allait en Algérie que pour détruire plus facilement la Charte ; il y allait contre la justice; « la voix de la morale publique et du droit naturel l'obligerait à comparaître à la barre de la France qui lui dirait : <( Varus, rends-moi mes légions, rends-moi mes trésors*. »
Après 1830, l'opposition systématique devint à la fois plus imprévoyante et plus venimeuse.
Les attaques delà coalition contre la politique extérieure de Mole sont pénibles à relire et l'on ne comprend plus l'acharnement avec lequel des partisans du principe de non-intervention s'acharnèrent à présenter comme honteuse