VlTROLLES, t. III, p
quée au Tsar, qui, peut-être, en avait déjà reçu la communication de Napoléon.
Dégoûté par cette révélation, plus encore que par les déconvenues précédentes, de ceux qui reconnaissaient si mal ses services, doutant qu'une charte libérale pût fonctionner régulièrement entre de telles mains, Alexandre songea à l'intronisation du duc d'Orléans à la place de Louis XVIII. Il s'en ouvrit au plénipotentiaire anglais, lord Clancarty : « Il est Français, avait-il dit, il est Bourbon, il est mari d'une Bourbon; il a des fils; il a servi, étant jeune, la cause constitutionnelle ; il a porté la cocarde tricolore, qu'on n'aurait jamais dû quitter. »
Les Anglais et ses propres conseillers le détournèrent de ce projet orléaniste ^ Alors il eût voulu que la nation fût consultée, au moins sur l'acte constitutionnel, déclarant qu'il ne repousserait pas même la république-. Les Anglais s'opposèrent encore. Wellington disait qu' « en Angleterre, à l'époque de la Restauration, le
1. Pozzo di Borgo à Nesselrode, 11-23 mai 1815 : « Les usurpateurs des jurandes monarchies qui ont prospéré sont rares dans Tnistoire. Il faut une force infinie pour réconcilier les hommes avec les injustices de ce genre. Quelles que soient les vues de M. le duc d'Orléans, je ne crois pas qu'il ait le caractère à se soutenir dans une situation qui demande beaucoup d'efforts. >^
2. Mémoire du cabinet russe, 21 avril (3 mai) 1815 : « Afin de détacher de Bonaparte et de rallier au roi le parti dominant, il est nécessaire de reconnaître ce principe : le droit qu'a la nation de se donner un acte constitutionnel. » — Talleyrand, Mémoires, t. II, p. 152.
Parlement, tel qu'il se trouvait alors, fut l'auteur de toutes les lois conservatrices de la liberté ; que les autres perfectionnements de la Constitution émanaient de la même autorité; Guillaume et Marie furent appelés au trône, ainsi que la maison de Hanovre, dans des temps plus récents, sans que jamais on ait eu recours à une Convention nationale' ».
Alexandre, n'ayant trouvé aucun moyen pratique de se débarrasser des Bourbons, se résigna à Louis XYIII, sans prendre de même son parti de Talleyrand.
Talleyrand, devenu ministre de Louis XVIIl par la grâce de Wellington, s'installa sur une de ces maximes creuses, mais à aspect profond, dont il accusait Sieyès et dont il était bien plus encore coutumier : « C'est l'appui de l'Angleterre que la France devait rechercher dans les affaires qui l'intéressent le plus, car si cette puissance est livrée hors de l'Europe à l'esprit de conquête, elle porte dans les affaires de l'Europe l'esprit de conservation. »
Les ministres anglais secondèrent mal ceux qu'ils avaient choisis. En désignant Talleyrand comme l'homme le mieux fait pour consolider une alliance entre la France et l'Angleterre, ils auraient dû rendre facile et honorable la position de leur candidat et exiger que la seconde paix fût strictement conforme à la première ^ S'ils avaient, en effet, repris le rôle de protection