‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 12 sur 240 · L'MOMME ET LE POLITIQUE. ~ ERFURT · texte numérisé non relu

L'MOMME ET LE POLITIQUE. ~ ERFURT

Les traités de 1814 et de 1815 dominent l'époque que nous allons parcourir. Qu'on les célèbre ou qu'on les maudisse, ils sont au fond de toutes les discussions internationales. Il n'est permis d'ignorer ni leur signification, ni leurs mobiles.

Aux moments de crise surgit ordinairement un homme parfois supérieur, parfois médiocre, que l'urgence de conclure rend l'arbitre des événements. En 1814 et en 1815, Talleyrand fut cet homme. L'étudier est donc le moyen le plus sûr de fixer le véritable caractère de la règle offi-

cielle internationale de la majeure partie de ce siècle. Cette étude aura de plus l'utilité de nous initier aux procédés de cette école de politiques qui, sous prétexte de servir la cause de l'Europe et de la paix, ont constamment sacrifié la grandeur de la France et même travaillé contre elle.

§ 1. — l'homme

« Parler de Fénelon est un titre pour plaire, » disait l'aimable Andrieux. Admirer Talleyrand donne un air de profondeur, presque un brevet d'homme d'État. Personne n'est cependant moins digne d'admiration. Non qu'il fût une de ces nullités dont l'élévation est une insolence de la fortune. Il était rempli de talent, éclairé, habile^ fécond en ressources, lucide, sagace, souple, d'autant plus calme que les circonstances devenaient plus tragiques, d'un goût sûr, sachant observer, actif de pensée sous les dehors de l'indolence, sans cesse en éveil quoique jamais pressé. A l'entendre, l'homme d'État se forme par l'application à la jurisprudence, surtout à la théologie ; cependant il n'était pourvu que de connaissances limitées, si ce n'est en diplomatie et étiquette de cour, et son suprême éloge sur quelqu'un était : « Il a de l'esprit ! » Il avait le droit d'en exiger, en ayant beaucoup lui-même. Seulement cet esprit absolument négatif ne valait qu'à mettre en œuvre et à polir les idées d'autrui. Stérile d'invention, né démolisseur, brouil-

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