MANIN DEAK CARNOT
Mazzini continuait à opposer l'enseignement révolutionnaire et la conspiration à la prépotence absolutiste. Sa jeune Italie, recrutée parmi les jeunes cœurs épris d'indépendance, avait multiplié ses affiliations, tenté des efTorts prodigieux. Toute cette agitation demeura inféconde ; nulle part ne se produisirent de commotions sérieuses: quelques héroïques jeunes gens, tels que les frères Bandiera, allèrent au martyre; puis le flot s'était refermé sur eux, et la bonace despotique avait recommencé; les princes, n'ayant à opter qu'entre un renversement et la résistance, rejetaient toutes les réformes, se refusaient à la moindre concession et se défen-^ daient. Ceux mêmes qui n'approuvaient pas toutes leurs mesures restrictives ne blâmaient pas leur conduite : « car pour les gouvernements aussi bien que pour les individus, il existe un droit suprême de propre conservation dont le moraliste le plus rigoureux ne saurait préciser les limites sans tomber dans de grossières contradictions ou aboutir à des conséquences absurdes, contraires aux plus simples notionsdu bon sens*. »
i. Cavour, loco citato.
Machiavel établit, dans son chapitre sur les Congiure\ que presque toutes les conspirations échouent, cependant, conclut-il, même par leur échec elles mettent le prince en péril : elles l'obligent à sévir, ce qui le rend odieux {lo infamd) ; de plus, la foule croit aisément qu'elles sont une invention de sa tyrannie, ce qui le rend encore plus odieux. Les conspirations mazziniennes, vouées d'avance à l'insuccès, paraissent inspirées de cette observation. Seulement la haine que les répressions impitoyables suscitent ne se généralisait pas dans nos vastes États comme dans de petites principautés de la Renaissance : elles produisaient plus de terreur que de colère, décourageaient plus qu'elles n'excitaient. Eussent-elles réussi, à l'aide de quelque^ incident favorable, à produire des insurrections semblables à celles de 1822 et de 1832, le résultat eût été aussi le même : très promptement écrasées, elles n'eussent servi qu'à motiver une troisième réaction matérielle et légale plus savante que les deux précédentes.
En Allemagne et en France aussi, la politique de l'action révolutionnaire laissait les masses indififérentes et fortifiait les gouvernements qu'elle prétendait ébranler. La répulsion qu'elle inspirait leur permit de créer des pénalités nouvelles et de profiter de chacune des tentatives réprimées pour resserrer les libertés publiques.
Par là une autre démonstration était achevée,