‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 200 sur 240 · Fagan, \ie de Panizzi · texte numérisé non relu

Fagan, \ie de Panizzi

434 L'EMPHtE LIBÉRAL.

anglais, transmis par Panizzi, il se répand sur les hommes d'État avec lesquels il est en lutte en appréciations plus que violentes et injustes, coupables, puisque malgré leur étiquette fallacieuse de confidentielles signifiant simplement : Ne me trahissez pas, elles [étaient destinées à passer sous les yeux d'un ministre ennemi et à envenimer son hostilité. Il qualifie le roi Louis-Philippe d'empirique; son gouvernement est tout personnel, ses penchants sont d'un prince illégitime voulant se faire légitime par des platitudes. Guizot se distingue par une effronterie à mentir devant les Chambres qui n'a pas été égalée dans le gouvernement représentatif, effronterie appuyée d'un langage très beau mais monotone. Les députés célèbres de l'opposition qui, en cette circonstance, soutiennent le gouvernement, Billault et Dufaure, le premier fort intrigant, le second morose et insociable, tous les deux vulgaires et ignorants comme des avocats de province, n'ayant jamais regardé une carte, sachant à peine où coulent le Rhin et le Danube, seraient fort embarrassés de dire en quoi l'alliance anglaise est bonne ou mauvaise; ils font de la politique comme au barreau on fait de l'argumentation, ils prennent une thèse ou une autre, suivant le besoin de la plaidoirie qu'on leur paye, et puis ils partent de là et ils parlent, parlent; ayant le désir de se rendre prochainement possibles au ministère, ils font leur cour aux Tuileries et se rendent agréables à celui qui fait et défait les ministres.

Quant à l'affaire elle-même il la déclare pitoyable : Guîzot avait manqué comme toujours de bonne foi ; rompre quand TAngleterre n'insistait pas pour un Cobourg, cela le confondait. Du reste, avec Odilon Barrot, il était fort, et à eux deux ils décidaient de la conduite de Topposition*.

En exécution du plan arrêté avec Palmerston, Thiers attaque donc les mariages espagnols^; il n'hésite pas à s'approprier, comme établis, les récits aujourd'hui démontrés mensongers de Palmerston, et à les opposer aux affirmations véridiques de Guîzot et de Louis-Philippe; il déploie toutes les ressources de son brillant esprit à plaider le bon droit de l'adversaire de son pays.

Il n'ose pas se risquer à une approbation qui eût froissé le sentiment national, il reconnaît qu'on a bien fait d'écarter la maison de Cobourg et que si on l'avait laissée triompher il aurait blâmé le gouvernement, mais le gouvernement avait obtenu le renoncement à la prétention qu'il avait eu le devoir de combattre ; les whigs « aux regrets de ce qui s'était passé en 1840 », n'avaient manqué à aucun des engagements de leurs prédécesseurs. « Assurément, l'Angleterre aurait désiré Cobourg sur le trône d'Espagne, mais considérant la vivacité inouïe, car depuis dix-sept ans la France n'en avait jamais montré une pareille, avec laquelle la France le repous-

d. Fagan, ihid.

Page 1