‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 208 sur 240 · SYMPATHIES POUR L'ITALIE · texte numérisé non relu

SYMPATHIES POUR L'ITALIE

dinaire encore. Les adeptes de la jeune Allemagne, malgré les beautés patriotiques du ZoUwerein, ne se consolaient pas de rajournementdes libertés politiques. L'un d'eux, Arnold Ruge, désespéré, s'était réfugié en France, jetant la malédiction sur la patrie qu'il abandonnait. « La vieille Allemagne, avait-il dit, pèse comme un cauchemar sur toute poitrine libre. Fuyons! fuyons! » L'écrivain très distingué, alors en possession du monopole d'écrire sur les choses d'Allemagne qu'il connaissait à merveille, Saint- René Taillandier, s'indigna de ce blasphème d'un transfuge irrité et le morigéna sévèrement, lui prêchant Famour de l'Allemagne. « Certes, c'est toujours un crime d'insulter sa patrie ; mais quand la patrie s'émeut pour une cause sainte (l'unité), quand d'une frontière à l'autre le même esprit de réforme, le même espoir de régénération enthousiasme toutes les intelligences, que penser de celui qui choisit une telle heure pour insulter ses frères et se séparer d'eux? »

Nous étions bien plus chaleureux encore en faveur de l'Italie. Lamartine, s'appropriant le raisonnement de Machiavel, démontrait « que la souveraineté temporelle d'un Pape au centre de la péninsule, comme le corps étranger dans le tronc, était l'obstacle organique et presque insurmontable à l'unité active, solide et indépendante de ritalie sous une seule domination; que le gouvernement de la papauté à Rome réunissait les vices de toutes les natures de gouverne-

ment sans leurs avantages. Ressusciter l'Italie suffirait à la gloire d'un peuple^ » Victor Hugo renchérissait encore : « Oui, je suis de ceux qui tressaillent en songeant que Rome, cette vieille et féconde Rome, cette métropole de Tunité, après avoir enfanté Tunité de la foi, Tunité du dogme, Tunité de la chrétienté, entre en travail encore une fois, et va enfanter peut-être, aux acclamations du monde, Vunité de ritalie. Aidons de toutes nos forces à ce désirable résultat ^ »

Enfin le défenseur de Téquilibre conventionnel de Tantique diplomatie, celui qui, depuis 1830, avait persiflé en toute occasion les thèses sentimentales de la démocratie, Thiers, se ralliait à la politique des nationalités et adoptait le langage de Sainte-Hélène :

Le rôle de la France dans ce siècle, c'est de patronner la liberté des peuples et de se mettre à la tête de tous ceux qui voudront défendre leur indépendance nationale contre la conquête. Elle devrait être représentée les yeux attachés sur un livre, livre qui contiendrait les droits de rhumanité,et la main appuyée sur une épée où on lirait Zurich, Austerlitz, Friedland. (11 ne dit pas léna.) Si quelque part un prince éclairé veut donner la liberté à son peuple, il faut Tencourager, et s'il est menacé pour cette bonne intention il faut l'appuyer. Si quelque part les terrritoires sont violés, il faut aviser. Il exprime

i. Situation de la France à Textérieur en 1847 (28 octobre). 2. Le Pape Pie IX, 13 janvier 1848.

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