‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 209 sur 240 · OBSTACLES A L* ALLIANCE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

OBSTACLES A L* ALLIANCE AUTRICHIENNE

chaleureusement ses sympathies envers Tltalie. Achever r affranchissement territorial de V Italie est conforme à la saine politique. Il crie au Pape réformateur : « Courage, Saint Père M » Par ces déclarations, le chef du parti des fanfarons se désavouait, et renonçait à placer la sagesse internationale dans Tégoïsme. Désormais, la politique que le peuple élaborait depuis 1815 n'eut plus de contradicteurs que dans les bureaux des affaires étrangères et dans les ambassades.

Était-ce le moment de se rapprocher de la puissance qui représentait la négation du droit des nationalités et Tabsolutisme? Était-ce le moment de paraître s'annexer à la Sainte-Alliance à la place laissée libre par TAngleterre devenue libérale?

Des esprits judicieux tels que Victor de Broglie, Billault et un jeune député qui pointait déjà comme homme d'État, Morny, ne le pensèrent pas. Ils croyaient plus prudent et aussi plus digne d'attendre dans Tisolement les chances de Favenir. L'isolement, après tout, est la situation naturelle de toutes les puissances en temps de paix générale. Il nous était imposé au moment actuel par nos traditions et par notre rôle dans le monde. Petits-fils de 89, puissance libérale née d'une révolution, nous ne devions pas imiter ces parvenus qui, rougissant de leur origine, finissent par être odieux à leurs familles plébéiennes et méprisés par le

1. Discours du 4 février 1847. Histoire du Consulat et de VEmpire, t. VII, p. 674.

monde nouveau où ils tentent de se glisser. Nous devions nous rappeler que notre mission est de concourir à l'indépendance et à la liberté des peuples. Qu'avions-nous à craindre? Personne ne nous menaçait ; nous pouvions attendre, si nous tenions à Talliance de l'Angleterre, qu'elle fût revenue à des sentiments plus équitables, si nous préférions l'alliance russe, que le Tsar se fût affranchi des préjugés qui obscurcissaient son jugement. D'ailleurs, sans coller l'oreille à terre, il était facile d'entendre le grondement souterrain qui, au moins au dehors, annonçait une prochaine éruption; à tout instant des issues nouvelles pouvaient s'ouvrir à nous : pourquoi cette hâte à s'engager quelque part*?

Guizot, par désespérance d'un retour anglais ou d'un assagissement russe, par crainte de l'isolement, par désir de donner à son gouvernement une grande figure, ne tint pas compte de ces avis et s'efforça d'établir avec l'Autriche une entente politique et une action commune.

Metternich ne parut pas d'abord disposé à s'y prêter. Il trouvait la politique de la France hésitante, tombée dans une faiblesse absolue; il ne croyait au Juste-milieu aucune force pour le bien ; il l'accusait môme d'avoir contribué à la situation dangereuse dans laquelle se débattait le gouvernement romain par l'enAoi à l'ambassade de Rome de Rossi, un ancien chef de

1. Victor de Broglie, Discours du 19 janvier 1847.Billault, Discours du 5 février 1847. Morny, Revue des Deux Mondes du l" janvier 1848.

Page 1