‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 210 sur 240 · POLITIQUE DE METTERNICH · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE METTERNICH

carbonari. Guizot ne se découragea pas; il accabla le prince de prévenances. « J'ai appris avec grand plaisir, lui écrivait-il (7 novembre 1847), que Tétat de la santé de Votre Excellence était excellent. J'en fais mou compliment à l'Europe . » Il insista si bien sur les bienfaits de Fintimité avec un grand esprit, que Metternich s'adoucit, finit par reconnaître que Guizot avait du mérite, de la bonne volonté, de sains principes, un grand talent de rédaction, et il ne refusa plus d'essayer de s'entendre avec lui. Mais la force des choses, plus obstinée que les vouloirs individuels, ne permit pas, dans les deux affaires alors capitales, celles de Suisse et d'Italie, cette entente commune qu'on désirait.

§2. — OPPOSITION DE LA POLITIQUE DE MET- TERNICH ET DE PALMÈRSTON EN ITALIE ET EN SUISSE.

Dans ces deux pays se trouvaient aux prises deux politiques presque diamétralement opposées : celle de Metternich et celle de Palmerston.

Metternich, avec la clairvoyance de son esprit, ne s'était pas mépris sur la signification de ce qui se passait soit en Suisse, soit en Italie. Il ne douta pas qu'on ne fût à la veille de grandes luttes, peut-être de grands changements, amenés par l'idée des nationalités, « cette idée qui dit tout et qui ne dit rien, mais qui remplit

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actuellement le monde S). A ses yeux, en Suisse, il s'agissait de détruire les principes tutélaires sur lesquels était assis Tordre européen. En Italie, les réformes n'étaient qu'un moyen, le véritable but était Vunité par l'expulsion de l'Autriche. Entre un Balbo, un Gioberti, un d'Azeglio, il n'admettait pas d'autre différence que celle existant entre des empoisonneurs et des assassins. Il se rendait compte que son administration pédantesque avait fort ennuyé les Italiens, il ne méconnaissait pas l'incapacité en quelque sorte inguérissable du gouvernement théocratique, la répugnance des classes supérieures des Légations à subir la domination pontificale. Mais il était convaincu qu'aucune concession grande ou petite n'arrêterait la marée montante, que l'Autriche en était réduite à choisir entre s'en aller ou résister à outrance, que le Pape n'avait pas d'autre alternative. Un Pape libéral lui paraissait « ne pas être un être possible* ». « Le Pape qui libéralise évoque des monstres qu'il ne sera pas maître de terrasser. » Il n'admettait pas même un Pape qui amnistie. « Dieu n'accorde pas d'amnistie; il n'octroie que des pardons après des repentirs^ » En ce qui le concerne, n'étant pas résolu à tout livrer, il s'était arrêté à tout défendre, à repousser les réformes autant que la révolution, à répondre au

i. Mémoires, t. VU, p. 378.

2. Mémoirefi, t. V, p. 31o, 32o, 341, 343; t. VU, p. 408, 411; p. 299, 336,344, 413.

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