‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 211 sur 240 · Mémoires, t. VII, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. VII, p

POLITIQUK DE METTERNICH. 453

tout révolutionnaire par un rien conservateur.

La perspective de cette* nouvelle lutte, succédant à tant d'autres qu'il avait crues définitives, le remplissait de mélancolie. « Il m'a fallu bien du temps, dit-il à sa femme, pour comprendre des paroles qui se trouvent répétées dans la Bible, par exemple celles-ci sur Abraham: « Et fatigué de l'existence il se coucha pour « dormir dans l'éternel repos. » Combien cela est clair pour moi maintenant ! Je suis si fatigué de la vie! » Cependant, assuré de remplir un devoir de conscience en essayant de préserver le repos général d'une subversion, il ne faiblit pas un instant et se montra aussi prudent qu'énergique. Sachant qu'on ne mène pas à bien à la fois deux affaires difficiles, il concentra son attention surtout sur l'Italie où l'intérêt autrichien était de majeure importance. Il comprima les manifestations à Milan, à Venise, fit arrêter Manin et Tommaseo (15 janvier 1848), détourna par des conseils les princes italiens des réformes.

Nicolas l'eût voulu plus décidé contre les princes réformateurs qui ne l'écoutaient pas et surtout contre le Piémont : pour l'engager à une action agressive, il lui offrait de maintenir la Galicie. Le roi de Prusse de son côté se déclarait résolu à considérer comme s'jidressant à lui toute attaque dirigée contre son allié. Metternich ne se laissa pas entraîner : il entrait dans sa stratégie de ne rien brusquer, de n'agir qu'en paraissant y être forcé parles événements; il croyait inévitable, en une telle exaltation des

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esprits et des langues, que Charles-Albert fût bientôt entraîné à une agression ou que la révolution encouragée par sa réserve laissât tomber le masque de réforme sous lequel elle paraissait sympathique. Une action énergique rencontrerait alors moins d'obstacles. Le maréchal Radctsky ayant passé trop tôt à Toffensive par Toccupation de Ferrare, il le désavoua.

En Suisse où il n'était mû que par un intérêt doctrinal d'ordre européen, il se montra encore plus circonspect. Il rejeta toute idée d'une action isolée : avant l'attaque contre le Sunderbund pour l'éviter, après la défaite pour la rendre moins désastreuse, il eût désiré obtenir des puissances une notification collective et comminatoire exigeant de la Diète le respect de la souveraineté cantonale, notification qui, en cas de refus, eût été appuyée par une contrainte militaire.

Nicolas poussait à la même conclusion. N'étant pas de ceux qui voient dans la diplomatie une occasion de se livrer à de brillants exercices littéraires, il réclamait des actes : « Avez-vous soixante mille hommes à placer derrière vos protocoles, je suis prêt; sans quoi, je ne prends pas au sérieux tous vos papiers, même quand je les signe. »

La politique de Palmerston accordait à la politique de Metternich un point capital, le droit inviolable de l'Autriche et tenu pour tel par toutes les puissances, de se maintenir dans ses possessions territoriales en Italie contre toutes

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