Discours du 27 janvier
lui dit Dufaure, mais vous auriez bien mieux réussi encore si vous n'aviez pas autant dépaysé le sentiment de l'assemblée et voulu nous faire si grand'peur. » Tocqueville a reconnu depuis la justesse du reproche. « Maintenant que me voici en face de moi-même et que je cherche sérieusement dans mes souvenirs si, en effet, j'étais aussi effrayé que j'en avais l'air, je trouve que non, je discerne sans peine que l'événement m'a plus promptement et plus complètement justifié que je ne le prévoyais. Non, je ne m'attendais pas aune révolution telle que nous l'allions voir\ »
Thiers ne s'était montré dans aucun banquet, il était cependant l'âme du mouvement, il l'avait conseillé et il le dirigeait. Il n'assistait pas aux réunions décisives; il se tenait sur la porte, entendant et voyant tout, appuyant quelquefois d'un signe de tête ou d'un geste les paroles les plus véhémentes*. Le temps n'était plus où Madame Adélaïde écrivait à Talleyrand « combien le roi appréciait et était satisfait du dévouement de cet excellent petit homme. — On me l'a gâté, disait Louis-Philippe. »
Falloux, ému de ses ardeurs, lui dit : « Ceci ressemble bien à la veille d'une révolution. — \]\\^ révolution, dit Thiers en haussant les épaules, une révolution! On voit bien que vous êtes étranger au gouvernement et que vous ne connaissez pas ses forces. Moi, je les connais; elles sont dix fois supérieures à toute émeute pos-
\. Souvenirs, p* 21.