Mémoires de Pasquier
2. Chateaubriand, Congrès de Vérone, t. I", p. 374. . 3. RoviGO, Mémoires, t. VIII.
Pendant les Cent jours Talleyrand se surpassa. Napoléon, informé qu'on méditait de le déporter à Sainte-Hélène, avait pris une résolution désespérée et débarqué au rivage de Cannes. Croyant au premier moment le terrible revenant à la veille d'être anéanti sans coup férir, l'ancien grand-électeur provoque * la déclaration qui mettait hors la loi son ancien maître et le vouait à l'assassinat. 11 attise, excite, renoue la coalition hésitante. Tandis que Carnot et les patriotes républicains, auxquels la postérité a tenu compte de cette abnégation, préfèrent courir le danger de retomber sous un maître qu'ils n'aiment pas plutôt que de subir les lois de l'étranger, lui, froidement et cruellement, il organise l'invasion de son pays sans prendre aucune précaution contre les rigueurs qui la suivront. « Sans doute, a dit Mignet, qui, cependant, lui est trop bienveillant, ces mesures, auxquelles M. de Talleyrand participa, auraient probablement été prises sans lui; mais il n'en est pas moins à déplorer, pour un Français, d'y avoir coopéré, puisqu'elles amenèrent une invasion de la France. U y a des sentiments qui doivent être au-dessus de tout;
1. MémoireSf t. II, p. 298. — « A ma demande et, je dois le dire pour Thonneur des souverains, sans instances, l'Europe lança une déclaration foudroyante contre Vusurpateur, C'est là ce que fut Napoléon à son retour de Tîle d'Elbe. Jusquelà, il avait été conquérant, »
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il y a- des principes qui sont supérieurs à tous les droits et plus vrais que tous les systèmes. Le sentiment qui fait aimer son pays, le principe qui défend de provoquer contre lui les armes étrangères, sont de ce nombre. L'indépendance de la patrie doit l'emporter sur la forme des gouvernements et sur les intérêts des partis. Ni la douleur de l'exil, ni l'ardeur des convictions, ni la force des attachements, ni la violence des haines, ne justifient de méconnaître ce premier des devoirs. Séparer son pays du gouvernement qui le régit, dire qu'on attaque l'un pour délivrer l'autre, n'excuse pas davantage. Ces distinctions subtiles conduiraient à la ruine des- États \ »> Lamartine lui-môme, qui, en reconnaissance de ce que le prince de Bénévent avait le premier célébré ses Méditations, a écrit dans ses Entretiens une apologie de ce personnage, ne se sent plus la force d'absoudre : « 11 parvint, à force de volonté, de résolution, d'habileté, de promptitude, à renouer une coalition déjà dissoute et à faire marcher d'un seul pas l'Europe entière au secours des Bourbons. Ce fut un miracle de diplomatie, mais ce miracle était une coalition contre la France. Que d'autres Texaltent comme diplomate et comme homme d'État; nous le plaignons: une telle intrépidité, nous ne nous en sentii:ions pas capable^. »
Voici qui est mieux. L'écroulement subit ne se produit pas ; l'acte additionnel est voté , une
\, Noticea et portraits : Talleyrand, 2. Entretien LIX, xliv.
armée se forme, Fespérance renaît au cœur des patriotes. Talleyrand, à Vienne, déclare sa mission terminée, suspend son départ pour Gand^ noue des intelligences de tous les côtés, écrit au duc d'Orléans réfugié en Angleterre, fait offrir ses services à Napoléon, invoquant le passage de la proclamation impériale sur Timpossibilité de résister à certaines circonstances. A Gand, on s'impatiente*; en Angleterre, on remercie; Napoléon refuse ^
La fortune se prononce contre la cause nationale. L'armée, affaiblie de 20 000 hommes par la révolte de la Vendée^, troublée par la défection de Bourmont, privée du secours de Grouchy, plie, recule, se débande à Waterloo^ après avoir étonné le vainqueur par l'intrépidité épique de sa résistance.
Néanmoins, le matériel de guerre était en abondance, les ressources en soldats plus considérablesqu'en 1814, alorsqu'avec40 000 hommes Napoléon tenait en échec 250000 coalisés. A certains moments de la guerre de Sept ans, lorsqu'il avait perdu même Berlin, Frédéric s'était trouvé
1. Pozzo di Borgo écrivait à Lieven, de Bruxelles, 4/ 16 juin 1815 : « On attend Talleyrand, qui ne se presse pas de venir et qui joue au plus fin. » Il écrivait à Nesselrode, de Gand» 30 avril/12 mai 1814 : « Si M. de Talleyrand n*est pas parti, chassez-le de Vienne ; sa présence ici est indispensable ; il ne peut maintenant être utile qu'auprès du roi. »