O'Meara, Napoléon en exil
3. « Les Vendéens furent écrasés, mais ils eurent le triste et funeste avantage d'aider au succès de l'étranger et de contribuer à la perte de la France. » Napoléon, Vile d*Elbe et les Cent jours.
dans une plus poignante étreinte. Beaucoup de ceux qui, en 1814, abandonnèrent Napoléon, éclairés maintenant par la récente expérience, crurent qu'il était moins redoutable que Finvasion ; qu'au lieu de l'affaiblir et de l'entraver par des défiances et des récriminations intempestives, il fallait ne plus voir en lui que le représentant de la Révolution, le défenseur du territoire, et l'armer de la dictature. Tel était notamment Tavis de Sieyès. Dès qu'il eut appris la défaite de Waterloo, il vint voir Joseph. Il le trouva en conversation avec Lanjuinais, président de la Chambre des députés. « Lanjuinais, fit-il. Napoléon a enfin perdu une bataille. Il a besoin de nous, il arrive. Allons à son secours pour qu'il chasse les barbares. Lui seul peut encore y parvenir avec notre secours. Après cela, s'il veut être despote, le danger passé, nous nous réunirons pour le pendre si cela est jugé indispensable. Mais aujourd'hui, marchons avec lui. Sauvons-le pour qu'il nous sauve. La nation nous en saura gré, car il est aujourd'hui l'homme de la nation ^ » Lanjuinais ne se laissa pas convaincre. Guidés par Lafayette et d'imprévoyants amis de la liberté, les représentants ne songèrent qu'à consommer la ruine du vaincu de Waterloo. Au mépris de tant d'enseignements de l'histoire, ils s'imaginèrent que le vainqueur s'adoucirait dès que la France aurait abjuré son chef, et, aggravant nos maux, non tout à fait irrémédiables,
i. Lettre de Joseph.
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par une révolution intérieure devant Tennemî, ils rendirent désespérée une situation qui n'était que critique*.
L'Empereur lui-même, affaibli de santé, de volonté, de génie, ne se défend pas, n'ose plus oser, seconde Faction hostile par ses indécisions, ayant renoncé à être général ne sait pas rester souverain, abdique malgré les conseils de Lucien et de Carnot, et, au lieu d'aller vers le généreux qui lui eût ouvert les bras, comptant sur une belle phrase pour apaiser une longue haine, il se livre à l'implacable, qui l'envoie au supplice. Les souvenirs classiques ont coûté cher à Napoléon : Astyanax, lui a fait perdre Paris en 1814*; Thémistocle, l'a conduit à Sainte-Hélène en 1815*. Quand réduit aux abois, il quitta l'Elysée pour la Malmaison, première station de son calvaire, Carnot l'arrête sur le perron par lequel on descendait au jardin, l'embrasse, appuie sa tête sur l'épaule du grand homme trahi, afin de cacher les larmes qui inondaient son visage. La douleur du peuple égala celle du grand républicain à la nouvelle de la démission suprême de celui en
i. Voy. NapoléOxN, Vile d* Elbe et les Cent jours, — Benjamin Constant, les Cent jours, notes 3 et 4. — Bérenger, Ma bio^ graphie, p. 149. — Mignet, Notices sur Comte et Bignon. — Mémoires de Carnot par son fils, t. II, p. 419.
2. A. Joseph : « Je préférerais savoir mon fils dans la Seine plutôt que dans les mains des ennemis de la France. Le sort d'Astyanax prisonnier des Grecs m'a toujours para le sort le plus malheureux de Thistoire. » (J6 mars 1814.)
3. Au régent d'Angleterre : « Je viens, comme Thémistocle, m*asseoir au foyer du peuple britannique. »
qui il avait mis son orgueil, son espoir, et qu'il considérait comme l'image même de la patrie.
Napoléon a écrit dans son testament : « Les deux issues malheureuses des invasions de la France lorsqu'elle avait encore tant de ressources sont dues aux trahisons de Marmont, Augereau, Talleyrand et Lafayette : je leur pardonne. Puisse la postérité française leur pardonner comme moi ! » Cette postérité ne leur a pas pardonné, du moins à tous, et elle a eu raison. Il est en effet hors de doute que, si toutes les énergies militaires, politiques et sociales se fussent concentrées autour du soldat de l'indépendance, si tous avaient employé à le seconder la même ardeur que tant de mauvais patriotes déployèrent à creuser des abîmes sous ses pas, ses forces se fussent décuplées au lieu de s'épuiser; et si, nonobstant l'effort unanime, il avait été contraint, ce qui n'est pas probable, à une paix pénible, il ne l'eût pas été à une capitulation.
L'aigle mis aux fers, le vautour se montre. Wellingtoti impose Talleyrand à Louis XVIII et le double de Fouché. « Si le roi désirait le concours du gouvernement anglais, avait-il dit, il devait se résoudre à mettre à la tête du sien des hommes à qui Ton pouvait se fier. » C'est ainsi qu'après Waterloo, Louis XVIII, « rétabli mais avili* », rentra, « comme le chef des Anglais et des Prussiens^ », « entre le crime et