ALLEMAGNE
Dès que l'expédition contre Naples commença, on entendit les prévisions les plus alarmistes : la terre d'Italie allait se soulever et s'entr'ouvrir pour dévorer l'envahisseur; on avait remarqué la tristesse des soldats autrichiens au passage du Pô I Aucune résistance n'arrêta les Autrichiens, ils n'eurent qu'à se montrer pour que Naples se soumît (23 août 1821).
En Piémont la lutte ne fut guère plus sérieuse. L'insurrection avait placé sa confiance dans le jeune régent. Or on apprit un matin, alors qu'il avait paru plus résolu que jamais en nommant ministre de la guerre le comte Santa Rosa, un des fauteurs principaux du mouvement, qu'il avait déguerpi secrètement pendant la nuit, avec deux régiments de cavalerie et une batterie d'artillerie, venant se mettre sous les ordres du général autrichien. L'armée constitutionnelle fut défaite à Novare (8 avril) et Turin se soumit comme Naples.
A ces nouvelles la joie de Metternich ne se contient plus. « C'est, dit-il, l'heure de larésur-
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rection. Voici que commence la véritable restauration, la restauration des idées. Où trouver aujourd'hui cette vox populi dont on parlait tant? » Il croit qu'aucun acte de prépotence ne lui est plus interdit et il propose aux gouvernements de la péninsule d'instituer une commission d'enquête à l'instar de celle de Mayence et de mettre la main sur toutes les postes italiennes. Le gouvernement pontifical et le grandduc de Toscane n'y consentirent pas.
A Rome, le cardinal Consalvi était le véritable dictateur sous le nom de Pie VIL Cet homme charmant, qui se reposait des affaires dans l'amitié d'une grande dame, la duchesse de Devonshire, et d'un suave musicien, Cimarosa, détestait Tiiitolérance, d'instinct, par caractère plus encore que par réflexion : il ne se laissa arracher aucune rigueur par les Zelanti soutenus par Metternich. Rome demeura sous son gouvernement la ville de la paix et de la miséricorde ; tous les vaincus furent admis à y chercher l'oubli au milieu des poésies de l'antiquité et de la religion, en la compagnie des artistes et des voyageurs illustres. La famille des Napoléon proscrite de l'Europe entière était accueillie avec une bonté que les injustices passées de la prison de Savone et de Fontainebleau rendaient touchante. Madame Laetitia y vécut ses dernières années, solitaire et enveloppée d'un deuil inconsolable, dans un palais situé à l'extrémité du Corso et de la place Venezia.
Le grand-duc de Toscane et son ministre
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Fossombrone imitèrent Pie VII et Consalvi. Leur délicieux pays resta aussi, au milieu de l'Italie en proie aux espions et aux sbires, une terre d'asile où le génie italien continua à se développer à Tombre de Dante et de Machiavel, un foyer où le feu sacré, éteint partout ailleurs, fut entretenu par les Capponi, les Niccolini, les d'Azeglio, les Coletta, les Vieusseux*. Les Piémontais envoyaient leurs enfants s'y former au beau langage; de toutes les autres portions de la péninsule, les esprits avides de quelque liberté dans le repos, venaient y chercher une seconde patrie. Ce fut l'Athènes enchantée de l'Italie : « Il dolce vivere diFirenze, la douce vie de Florence » passa en proverbe.
Néanmoins à Rome et à Florence, on ne repoussa du système Metternich que ses excès policiers : sa théorie du pouvoir absolu ne rencontra aucune contradiction. Metternich obtint en quelque sorte le couronnement de son système au congrès de Vérone réuni pour fixer la durée de l'occupation autrichienne à Naples (octobre 1822). En vertu des principes de Troppau et de Laybach,»il obtint l'excommunication des révolutions d'Espagne et de Grèce. Malgré l'impatience de nouveau converti d'Alexandre, on ne décrétapas l'exécution militaire contre l'Espagne, à cause de la France qui ne voulait pas la permettre à d'autres et n'y était pas encore décidée
1. Vieusseux avait établi sur la place S. Trinità, un cabinet de lecture, qui devint le véritable centre de la vi(3 intellectuelle et politique.
elle-même; mais toutes les missions des puissances furent rappelées. On refusa d'admettre le délégué grec Metaxas, et dans la circulaire de clôture du congrès, les souverains condamnèrent d'une seule voix une révolution ayant témoigné elle-même, par sa coïncidence avec celle du Piémont et de Naples, qu'elle s'était allumée au même foyer révolutionnaire. Enfin il fut arrêté en principe « que tout État européen jugeant sa tranquillité compromise par le séjour que des individus condamnés et bannis pour délits politiques feraient dans d'autres États, serait en droit dedemanderrextradition ou Téloignement de ces individus ».
Le Piémont était la principale préoccupation italienne de Metternich. Là existait une petite armée, vaillante, solide, bien exercée, commandée par des officiers ayant participé à nos guerres de TEmpire, animée du violent sentiment anti-autrichien. Le roi actuel, Charles- Félix, bigot à l'esprit étroit, assujetti aux rétrogrades quoique imbu dans une certaine mesure de la passion de son peuple, n'inspirait aucune inquiétude à Metternich. 11 n'en était pas de même de son héritier présomptif, le prince de Carignan. Le chancelier autrichien, quoique n'ayant pu réunir contre lui aucune preuve légale, était convaincu que le prince n'était point resté étranger à la révolution, qu'il l'avait abandonnée par défaut de caractère, non par repentir, et il redoutait son avènement au trône. 11 ne s'arrêta cependant pas à l'idée de le priver
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de son droit héréditaire, d'abord à cause de Topposition résolue du gouvernement français, ensuite parce qu'il ne lui parut pas que la déchéance prononcée contre un héritier légitime fût de nature à consolider l'ordre monarchique ébranlé. Mais il exigea « l'engagement de ne changer aucune des lois fondamentales de la monarchie piémontaise et de n'accorder aucune constitution libérale ». Malgré cette garantie Charles-Félix fit attendre son pardon : il ne l'accorda qu'après que Charles-Albert fut retourné d'Espagne où il était allé prouver la sincérité de sa conversion en combattant les libéraux. Le roi de Piémont, Metternich et l'empereur d'Autriche étaient alors réunis à Gênes (juin 1825). Charles-Albert visita d'abord l'empereur d'Autriche et Metternich. Ce fut l'empereur qui le conduisit chez Charles-Félix. Charles-Albert se mit à genoux devant le roi et lui demanda pardon en pleurant. — « C'est à l'empereur, dit le roi, et non à votre naissance ni à moi, que vous êtes redevable; ne l'oubliez jamais et ne donnez jamais lieu à votre protecteur d'avoir à regretter sa générosité. » Le prince protesta de ses bonnes et fermes résolutions*.
La vigilance autoritaire de Metternich ne perdait pas non plus de vue l'Allemagne. Le Piémont allemand lui avait accordé l'essentiel : le roi de Prusse avait renoncé à sa promesse d'établir des États politiques du royaume sans les-