PAIX D'ANDRINOPLE
but payé à la Sublime Porte, enfin imposé l'indépendance de la Grèce. Les puissances alliées, répugnant à accorder le mérite de cette délivrance exclusivement à Tune d'elles, demandèrent que l'article sur la Grèce fût effacé du traité. Les plénipotentiaires russes s'y refusèrent, alléguant que, malgré les protocoles et même malgré Navarin, la résistance turque n'avait été domptée que par leur marche victorieuse sur Constantinople. Le seul point sur lequel le Tsar se montra intraitable fut contre la prétention de placer la Turquie sous la protection européenne. Le péril extérieur de ce royaume ne pouvant venir que de son côté, c'était contre lui-même qu'on lui proposait de prendre des précautions : il s'y refusa. Sa loyauté à respecter les traités lui parut une garantie suffisante de l'intégrité d'un empire à l'égard duquel il venait d'user aussi généreusement de la victoire.
Par cette paix clémente, Nicolas rompait avec la politique rétrograde de Metternich plus encore qu'il ne l'avait fait par la guerre. Il assurait le nouveau succès de la théorie des nationalités contre la politique des chancelleries, contribuait à l'éclosion de l'ordre nouveau. Ce succès eût été bien plus entier sans l'opposition du cabinet tory : n'ayant pu empêcher la déroute du principe de conquête en Grèce, il s'appliqua à y restreindre la victoire du principe des nationalités en subordonnant la constitution du nouvel État à l'immixtion oppressive du concert européen. La conférence ouverte à Londres
lui imposa ses limites et son souverain ; elle lui donna une frontière de terre insuffisante et en exclut les îles de Crète et de Samos ; elle décida qu'il serait soumis à une royauté ; que le prince chrétien qui le régirait à titre héréditaire ne serait pas choisi dans les familles régnantes des trois puissances alliées (22 mars 1829). Par application de cette règle l'exclusion fut prononcée contre le duc de Lucques membre de la famille des Bourbons.
Charles X, par le traité de juillet, par sa participation à la bataille de Navarin, par l'expédition de Morée, par le concours prêté à la Russie pendant la guerre, avait, non moins que Nicolas,, eu une part décisive à ce pas en avant du principe des nationalités et contribué, lui aussi, à. Téclosion de l'ordre nouveau. Il y travailla ailleurs qu'en Grèce. En Italie, son gouvernement avait cessé d'être le témoin inerte, même quand il n'approuvait pas, de la guerre déclarée aux institutions constitutionnelles ; il s'était prononcéouvertement en leur faveur, avait donné des encouragements au parti libéral, lui laissant entendre qu'il aiderait l'Italie à établir son indépendance'nationale, à se réunir, sous notre protection, par des institutions représentativeset uniformes, dans un seul corps composé d'États fédéraux. Ce langage était tenu notamment à Florence par un jeune secrétaire d'ambassade, Lamartine, en qui le siècle saluait déjà son poète.
Le diplomate du congrès de Vienne, le signataire du traité d'alliance de la France, de l'An-^