Dans son journal, Souplet combattit ouvertement la
SOUS une forme anonyme, rarement sous sa signature, ses idées napoléoniennes, notamment celles sur la nécessité d'introduire le système militaire prussien, et poursuivit contre Louis -Philippe une campagne souvent excessive, parfois tout à fait injuste. Cependant, à la nouvelle de la mort du duc d'Orléans, il oublie ses passions de prisonnier et ne « pense qu'au fils enlevé d'une façon si tragique à la tendresse d'une mère, et au deuil d'une famille française * » .
Le gouvernement ne tracassa aucun des deux journaux, mais fit officieusement savoir par le parquet que si la collaboration suspecte continuait, le brevet des imprimeurs serait retiré. Le prisonnier se retrancha alors dans les livres et les brochures.
La principale préoccupation de ses divers écrits est d'attirer à lui les républicains. Il s'adresse surtout à eux : « Je n'ai jamais cru, je ne croirai jamais que la France soit l'apanage d'un homme ou d'une famille ; je n'ai jamais revendiqué d'autres droits que ceux de citoyen français, et je n'aurai jamais d'autre désir que celui de voir le
candidature de Louis-Napoléon à la présidence. Le Prince ne lui en garda nulle rancune. Étant venu inaugurer un chemin à Saint-Quentin» au moment de monter en wagon, il aperçut Souplet; aussitôt il alla droit à lui : « Quoique je vous rencontre dans un camp opposé, j'éprouve une grande joie à vous serrer la main et à vous témoigner la haute estime dans laquelle j*ai toujours tenu votre talent et votre caractère, je n'oublierai jamais nos excellentes relations d'autrefois, ni les services que vous m'avez rendus. [Lonis-Nnpohhjn, par Pierre Souplet.)
1^ A M. Desportes,. 13 juillet 1842.
peuple entier réuni dans ses comices choisir^ en toute liberté, la forme de gouvernement qui lui convient. »
Même pour défendre Napoléon et son oeuvre^ il continue à se placer dans les données républicaines et révolutionnaires : « Je ne défends pas le principe de la révolution du dix-huit Brumaire, ni la manière brutale dont elle s'est opérée; une insurrection conti^e un pouvoir établi peut être une nécessité y jamais un exemple qu on puisse convertir en principe. Le dix-huit Brumaire fut une violation flagrante de la constitution de Tan VIII, mais cette constitution avait été déjà trois fois audacieusement enfreinte. Ce qui importe, c'est de savoir si le dix-huit Brumaire a été bienfaisant : or, il est constant que le Consulat a sauvé l'avenir de la Révolution d'une ruine complète. » Il ne défend pas toutes les institutions de l'Empire et tous les actes de l'Empereur; « il regrette la création d'une noblesse qui, dès le lendemain de la chute de son chef, a oublié son origine plébéienne pour faire cause commune avec ses oppresseurs ». Il regrette « certains actes de violence » inutiles au maintien du pouvoir fondé par la volonté du peuple. Mais si, comme citoyen^ il fait une grande distinction entre le Consulat et l'Empire, comme philosophe, il n'en fait aucune : « Consul ou Empereur, la mission de Napoléon fut toujours la même. Consul, il établit en France les principaux bienfaits de la Ré-