Roplique à Lamartine, de Ham, 23 août
Tolutîon. Empereur, il répandit dans l*Europe ces mêmes bienfaits. Sa mission, d'abord purement française, devint humanitaire.
La brochure s^ur \ Extinction du Paupéi^isme proposait dé pauvres remèdes, mais dans la manière de poser le problème, il allait aussi loin que le socialiste le plus décidé : « Aujourd'hui le but de tout gouvernement habile doit être de tendre, par des efiforts, à ce qu'on puisse dire bientôt: le triomphe du christianisme a détruit l'esclavçtge; le triomphe de la Révolution française a détruit le servage ; le triomphe des idées démocratiques a détruit le Paupérisme. »
Il appuyait ses écrits par des démarches personnelles : il envovait ses livres aux hommes marquants du parti républicain, soit directement, soit par l'intermédiaire de la fille de la camériste de la reine Hortense, IVr^" Lacroix, femme du peintre Cornu, républicaine très prononcée, amie de Godefroy Cavaignac. Il pria Louis Blanc de venir le voir; il entra en relations avecCarnot et George Sand, rechercha Quinet et Michelet.
Dans le peuple, alors indifférent aux discussions politiques et adonné aux utopies sociales, son livre sur VExtinction du Paupérisme, au moins par son titre, produisit une profonde sensation et lui concilia de vives sympathies. D'autre part, quelques républicains formalistes, tels que Degeorges, Péauger, hommes respectables uniquement mus par des préoccupations patriotiques, sans aucune espèce d'arrière-pensée ambitieuse, crurent que le parti républicain dislo-
que, imperceptible, dénué de force, tirerait profit à se mettre à Tombre du grand nom dont ils sentaient la puissance de plus en plus vivante sur les masses. La France répugnant encore à s'abandonner aux chances d'une expérience purement républicaine, une transaction sur la tète d'un Bonaparte leur paraissait politique. Personne ne réunissait autant que l'écrivain de Ham les conditions voulues parles exigences de l'époque. Ils espéraient, en outre, par l'avènement d'un Napoléon, soustraire la France à rexploitation de l'Angleterre, et obtenir l'alliance de la Russie qui avait témoigné des sympathies aux Napoléons.
Toutefois les républicains qui eurent la sagesse de cette alliance furent peu nombreux. George Sand ne le laissa pas ignorer au Prince : « Sachez-nous quelque gré de nous défendre des séductions que votre caractère, votre intelligence et votre situation exercent sur nous, pour oser vous dire que jamais nous ne reconnaîtrons d'autre souverain que le peuple. Cette souveraineté nous paraît incompatible avec celle d'un homme; aucun miracle, aucune personnification du génie populaire dans un seul ne nous prouvera le droit d'un seul. Vous ne vous seriez pas assis au milieu de nous sans avoir à nous combattre et à nous réduire... Ne vous faites pas d'illusions : ils sont tous inquiets et sombres autourde moi ceux quirèventdestempsmeilleurs {Décembre 1844) ». Les républicains bourgeois, à la. suite de Ledru-Hollin et de Godefroy Gavai-
gnac, refusèrent même une neutralité bienveillante. Ils voyaient derrière un Napoléon deux faits qui leur étaient également odieux : la défaite du Jacobinisme et l'Empire, c'est-à-dire la restauration d'une hérédité. Le Prince eût peutêtre pu se les concilier en professant l'admiration de Robespierre et en reniant l'Empire de son oncle, c'est-à-dire en se reniant lui-même. Il offrait une transaction, on lui imposait l'anéantissement. Il s'y refusa, et tout en ne cessant de répéter qu'il ne réclamait pas un droit héréditaire, qu'il n'attendait rien que du libre assentiment du peuple, il ne dissimula pas aux républicains que dans son opinion, le peuple rétablirait l'Empire et que ce serait un bien. « Mon Credo, disait-il à Louis Blanc lors de sa visite à Ham, en 1840, c'est l'Empire. L'Empire n'a-t-il pas élevé la France au sommet de la grandeur? Je suis convaincu que la volonté de la nation, c'est l'Empire. — Mais TEmpire, c'est le principe héréditaire? — Sans doute, l'important c'est que le gouvernement, quelle que soit sa forme, s'occupe du bonheur du peuple. » A George Sand il écrivait (24 janvier 1&45) : « Je désire la liberté, le pouvoir même ; mais je préférerais mourir en prison que de devoir mon élévation à un mensonge. Je ne suis pas républicain, parce que je crois la république impossible aujourd'hui en présence de l'Europe monarchique et de la division des partis. »
Avec les années cependant, les cours de son université lui parurent un peu longs. Il ne s'en
plaignit pas d'abord : « Si Ton m'offrait Texil, en échange de la situation qui m'est faite actuellement, je refuserais, parce que ce serait une aggravation de peine. Plutôt être prisonnier en France que libre à Tétranger. Avec le nom que je porte, il me faut Tombre d'un cachot ou la lumière du pouvoir. » Mais le silence et Toubli se faisaient de plus en plus sentir autour de lui ; rhiver surtout, quand les brumes glacées lui interdisaient la promenade du rempart, la prison lui devenait de plus en plus la mort dans la vie. L'homme politique restait inébranlable. « Jecrois à la fatalité, écrivait-il. Si mon corps a échappé miraculeusement à tous les dangers, si mon âme s'est soustraite à tant de causes de découragementj c'est que je suis appelé à faire quelque chose * . » — « Je vous rendrai cela aux Tuileries » , répondait-il à Tune de ses visiteuses. — « Quand je serai empereur, disait-il au curé tout simple de Ham, l'abbé Tirmarche, je vous ferai évêque ^. » L'homme affectueux n'éprouvait pas la même impassibilité : il souffrait de l'étouffement du cœur plus que de la privation de l'air libre. L'indifférence et le mépris qu'impliquait le silence obstiné de son père lui étaient une cuisante douleur.
« Mon Dieu, aujourd'hui que j'ai dépensé