A Panizzi, 20 mars J
lité; il défendit contre les uns et contre les autres les principes de bon sens sur lesquels reposent les sociétés.
Malgré ces amendes honorables édifiantes et ces services éminents, les conservateurs ne se décidaient pas à l'adopter. Ils le jugeaient trop peu sûr. S'il avait oublié ses impertinences envers les légitimistes, eux se les rappelaient ^ D'ailleurs, de plus en plus, se prononçait visiblement chaque jour le courant de Topinion populaire. Les conservateurs se gardaient d'imiter l'aveuglement des républicains. Laissant ceux-ci rejeter la force qui s'offrait à eux, ils la recherchaient. A Texception de quelques obstinés ou de quelques chefs, tels que Berryer, rivés à leur rôle de porte-drapeau, ils se déclaraient en faveur de celui vers lequel s'avançait le succès. Ils se disaient qu'ils seraient moins vaincus en s'associant d'avance au vainqueur, quoiqu'il ne fût pas de leur choix ; qu'il leur accorderait au moins des égards; que, s'ils avaient à redouter quelques concessions à
1 . Un exemple entre beaucoup d'autres. Séance de la Chambre des Députés du 26 janvier 1841, Thiers : Vous figurez-vous Henri V dans Paris à la tête des armées étrangères? — Dr Larcy, avec vivacité. Il n'y sera jamais. {Rire général.) — Thiers. L'honorable M. de Larcy médit qu'il n'y sera jamais. Cette interruption est digne de ses généreux sentiments que je connais bien . Il ne nie reste qu'à faire un vœu, c'est que Henri V soit de cet avis. — Le duc de Valmy. U en est. — Thiers. J'ajoute que, en renonçant à cette chance, il est d'autant plus généreux qu'il renonce à la seule que je lu connaisse. [Hilarité bruyante et prolongée.)
des idées abhorrées, ils obtiendraient en retour des garanties sérieuses pour les principes essentiels ; le succès d'un nom dynastique leur semblait un présage de ruine pour la république, et la république renversée, ils se flattaient d'avoir aisément raison du Prince et de reconstruire la monarchie.
Thiers comprit et il n'insista pas. Après un instant d'hésitation en faveur de Cavaignac, il se décida à adopter lui aussi la candidature du prince Louis. Il m'a conté le petit fait par lequel lui fut rendue sensible la puissance électorale de ce nom. — En ce temps, dans chaque maison un porteur venait chaque jour avec ses 5>eaux d'eau. Thiers, descendant par hasard dans son jardin par l'escalier de service, se heurte au sien. Il l'arrête. « Ah! vous voilà! causons un peu : eh bien! il va y avoir des élections pour nommer un président; que pensez-vous du maréchal Bugeaud? — Connais pas. — Du prince de Joinville? — Ah ! le fils à Philippe! — De Cavaignac ? — J'en ai entendu parler. — Et du prince Louis-Napoléon? — Ah! celui-là, fît le bonhomme d'un ton décidé, celui-là je le connais ! »
Thiers imagina alors de diviser l'adversaire qu'il renonçait à aborder de front. Il proposa au prince Jérôme de poser sa candidature, et il l'eût soutenue contre le prince Louis. Jérôme ne tomba pas dans le piège où son honneur aurait sombré sans profit : il comprit qu'il serait plus ridicule encore qu'odieux en disputant à