Risorgimento du 20 mai
plaît à notre politique ; tout ce qui unit et consolide l'Allemagne devenue libérale consolide aussi la France, lui est utile et avantageux*. » Proudhon avait repris les thèses de Lamennais et de Lamartine sur la fraternité universelle : « Il n'y a plus qu'un peuple européen, en attendant qu'il n'y ait plus qu'un seul peuple sur tout !e globe. Il faut rayer du Code les titres I et II concernant l'état civil des Français. Le droit de cité appartient à tout individu dans tous les pays civilisés où il se trouve. »
Lorsque les meneurs révolutionnaires voulurent jeter la foule sur l'Assemblée constituante, ils n'y réussirent pas en parlant d'un ministère du travail ; mais au mot de Pologne inscrit sur leurs enseignes séditieuses, on les suivit. Après l'invasion et la dispersion de l'Assemblée, Blanqui, le principal meneur, dit (le sa voix dure et pénétrante : « Le peuple exige que l'Assemblée nationale décrète sans désemparer que la France ne mettra l'épée au fourreau que lorsque l'ancienne Pologne tout entière, la Pologne de 1792, sera reconstituée (16 mai 1848). »
L'Assemblée elle-même ne désavouait pas la cause au nom de laquelle on venait de la violenter. Plusieurs de ses membres voulaient comme Blanqui partir en guerre pour la Pologne de 1792. Le citoyen Napoléon Bonaparte
1. Journal des Débats des 4 avril, 11 avril, 15 mai 1848; Revue des Deux Mondes du 1" novembre 1849.
(Jérôme) se contentait de la réorganisation du grand-duché de Posen, de Cracovie et de la Galicie suivant les promesses de 1815, « mais on ne pouvait pas exiger moins, dût-on risquer une guerre. Sans l'appui des nationalités nouvelles, de la Pologne avant toule autre, notre République ne sera jamais en sûreté vis-à-vis de l'Europe monarchique. »
Lamartine écarte ces chimères belliqueuses. « Envoyer cent ou deux cent mille hommes à travers l'Allemagne violée dans son sol, dans sa dignité, dans son orgueil, dans son sentiment national, au-devant d'une armée russe, ce ne serait pas un acte de patriotisme, mais un acte de démence. A moins qu'on n'ait jamais combiné la marche d'une armée ou un plan politicfue, ou qu'on n'ait jamais mesuré sur une carte la distance qui sépare la Vistule du Rhin, il ne saurait exister entre gens de bonne foi de dissentiment sur une telle évidence. »
La pensée générale de l'Assemblée était qu'aucune action utile en faveur de la Pologne ne pouvait être exercée en dehors de l'Allemagne. Lamartine mettait sa confiance en un appel à la Prusse, « ralliée naturelle de notre politique^ le chef de ses alliances de l' autre côté du Rhin ». Marrast proposait une adresse à nos frères d'Allemagne : « La France tend une main amie aux nations voisines et ne demande aucun agrandissement de territoire. Elle demande àTAUemagne de s'unir à elle dans une sincère, solide et pacifique alliance pour rendre à la Pologne la vie indépen-
dante que lui ont enlevée des traités maintenant déchirés. »
L'Italie n'était pas oubliée dans ce débat. Lamartine expliqua sapolitique : a On disait que, par condescendance pour TEurope, nous n'osions pas déclarer franchement nos sentiments, que nous cachions des actes timides devant des paroles douteuses... Eh bien! vous allez voir! Dès les premiers jours, nous avons fait communiquer aux puissances italiennes la volonté ferme d'intervenir au premier appel qui nous serait fait, et, par un acte conforme à cette déclaration, nous avons réuni à l'instant, au pied des Alpes, d'abord une armée de 30 000 hommes, puis une armée qu'en peu de jours nous pouvons porter à 60 000 combattants, et elle y est encore. Nous avons attendu un appel de l'Italie ; et, sachez-le bien, malgré notre profond respect pour l'Assemblée nationale, si ce cri eût traversé les Alpes, nous n'aurions pas attendu votre aveu, nous aurions cru remplir d'avance votre volonté, vos prescriptions, en nous portant au secours des nationalités italiennes. — J'espère que l'Italie n'aura pas besoin de notre concours; malr3 que les amis de l'Italie se rassurent, si ce cri de détresse dont je vous parlais tout à l'heure venait à se faire entendre, si les circonstances le rendaient nécessaire et légitime, la France interviendrait à son mode et à son heure. Dans aucun cas, l'Italie ne retombera sous le joug qu'elle a si glorieusement secoué. Dans aucun cas, la France ne manquera à cette fra-
ternité pour 26 millions d'hommes, qui a été sa loi dans le passé et qui est son devoir pour Favenir. »
On avait Uni par s'entendre sur un ordre du j our voté à l'unanimité sur la proposition de Drouyn de Lhuys, rapporteur du comité diplomatique, par lequel l'Assemblée nationale invitait la comniission executive à continuer à prendre pour règle de sa conduite les vœux unanimes de l'Assemblée résumés dans ces mots : a Pacte fraternel avec l'Allemagne; reconstitution de la Pologne indépendante et libre ; affranchissement de l'Italie (24 mai 1848). » Thiers s'était déjà, en 1847, rallié à la théorie internationale de la démocratie, au nom des politiques d'ambition ; Drouyn de Lhuys y adhérait à son tour au nom des diplomates de métier.
Toutes les manifestations qui se succédaient depuis 1848 furent formulées en maxime affirmative dans la constitution : « La République respecte les nationalités étrangères comme elle entend faire respecter la sienne, n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. »
La lutte entre le principe de l'équilibre et celui des nationalités, poursuivie depuis 1815, se terminait par la consécration officielle du principe des nationalités comme la règle des relations internationales. Cette victoire n'était pas l'œuvre exclusive d'un parti. Chacun y avait contribué : Charles X par son secours à la Grèce,
Louis-Philippe par son intervention en Belgique, Thiers par ses discours de 1841, Drouyn de Lhuys par son ordre du jour. Il y avait un vainqueur et pas de vaincus. C'est un des cas rares où la France ait été unanime. Le monde moderne parut avoir trouvé son principe nouveau, aussi souriant de promesses pacifiques que l'autre avait été assombri de sanglantes discordes.
Le principe des nationalités, à peine officiellement proclamé à Paris, était menacé ou vaincu en Europe ou poussé à cet extrême de résolutions et de moyens, présage de la chute.
Le mouvement de rétrogradation commence en Italie par celui qui avait lancé le mouvement d'expansion, par Pie IX. Sa popularité reposait sur une équivoque. On s'obstinait à voir en lui un politique libéral, alors qu'il était avant tout un prêtre. « Brisez mon frère en mille morceaux, disait le comte Mastaï, de chacun de ces morceaux sortira un prêtre. » « Il est plein de gaieté, écrivait Minto à Palmerston, en dépit de ses prévisions sur les dangers du pays, parce qu'il a récupéré une tête de saint sacrilègement volée. » C'était donc une erreur de croire qu'il seconderait l'action agressive de Charles-Albert contre l'Autriche. On l'espérait néanmoins si généralement qu'il se crut obligé de dissiper cette chimère dans une allocution du 29 avril 1848. Il regret-
tait l'abus qu'on faisait de son nom. Vicaire du Dieu de paix, il ne pouvait faire la guerre à qui que ce soit. Si quelques-uns de ses sujets s'étaient engagés parmi les combattants, c'était malgré lui, parce qu'il n'avait pu l'empêcher! L'Italie répond à ces désaveux par des fureurs et des malédictions. Vainement le souverain pontife, pour corriger cet effet d'impopularité, confie-t-il son ministère au patriote éprouvé Mamiani et écrit-il à l'empereur d'Aulriche (3 mai) pour le supplier de renoncer à reconquérir par la force les Lombards et les Vénitiens décidés à repousser sa domination (6 mai) ; les colères ne s'apaisent pas, et, en un jour, de Guelfe qu'elle était l'Italie entière devient Gibeline. Gioberti donne l'exemple. Il considère désormais comme malaisé que le gouvernement temporel de l'Église puisse longtemps subsister, surtout dans les provinces qui supportent impatiemment le joug des prêtres et qui s'étaient à grand'peine réconciliées avec Pie IX. Il entrevoit que Rome restera isolée et que les autres parties de l'État ou se grouperont ensemble ou se rattacheront au royaume d'Italie.
La contre-révolution de Naples suit l'abandon, par Pie IX, de la guerre nationale (15 mai).
Le Pape essaie déparer aux difficultés toujours grandissantes de la situation, en confiant ses affaires, malgré l'opposition malséante et mesquine du gouvernement du général Cavaignac, à un des hommes les plus éminents du siècle, Rossi. Mais Rossi est assassiné. Il traversait rapidement, selon son habitude, le chemin qui, du
centre de la cour de la chancellerie tournant à gauche, conduisait à la salle des séances des députés; la foule Tentoure, le presse, il reçoit un coup de poignard au cou et il reste mort sur la place. Le soir, une bande hideuse parcourt les rues, torches en main, outrageant la victime et glorifiant l'assassin ; le lendemain, elle se rend au Vatican, réclamant le ministère démocratique et la Constituante italienne.
Dans la Haute-Italie les affaires ne tardent pas non plus à se gâter. Dès que Radetsky eut évacué Milan, les sectaires révolutionnaires y accouraient, rejoints par leur chef Mazzini. Ils trouvèrent le gouvernement, Tinfluence, aux mains des hommes du parti constitutionnel qui jugeaient rindépendance et le salut attachés à Tunion avec Charles-Albert. N'espérant pas obtenir la république, ils avaient essayé de différer la monarchie et proposé une trêve dilatoire. « Nous ne parlerons pas de république, avaientils dit, nous contribuerons de notre mieux au succès de la cause nationale, quoiqu'elle soit représentée par le bourreau de nos meilleurs amis, pourvu que vous différiez jusqu'à la fin de la guerre de l'indépendance d'établir le régime sous lequeiritalie affranchie de l'étranger devra être régie. Alors la nation consultée prononcera et nous accepterons sa décision. » Ce programme de neutralité entre la république et la monarchie parut une faiblesse, une cause de tiraillement. Le gouvernement provisoire y répondit en proposant au peuple lombard (12 mai) de vo-
ter la fusion immédiate avec le Piémont. Une immense majorité se prononça pour l'affirmative (29 mai) ; Venise, quoique régie par un républicain, prit le même parti (5 juillet). Mazzini et ses amis protestèrent, et tout en déclarant qu'ils ne résisteraient pas, parce que la résistance serait un commencement de guerre civile et que la guerre civile serait doublement coupable au jour de l'invasion étrangère, ils commencèrent une opposition sourde qui fut loin d'accroître Télan général.
Les affaires militaires n'étaient pas en meilleur train. La campagne avait débuté par des succès à Goïto et à Peschiera. Les espérances furent telles alors que l'Autriche, ayant proposé par Hummelaer l'abandon de la Lombardie et l'autonomie de la Vénétie, sous un archiduc, la concession fut repoussée. Mais l'armée piémontaise n'avait pas la force d'une longue résistance. Sa discipline était affaiblie par les affidés des cercles républicains de Milan, qui venaient déclamer dans ses rangs contre la guerre royale ; les paysans ne lui fournissaient pas même des chariots pour recevoir ses blessés; Charles- Albert était un pauvre général, et comme tel recourait toujours aux conseils de guerre. Dans un de ces conseils où on ne parvenait pas à se décider, le roi sortit vivement. La Marmora a la curiosité de regarder par la serrure de la porte à peine refermée; il le voit à genoux, les yeux en haut, invoquant l'inspiration divine. La disproportion des forces s'accrut par les ren-
lo2 L'EMPIRE LIBERAL.
forts envoyés à Radetsky, par la retraite des Napolitains et des Romains^ refroidis depuis que l'annexion de la Lombardie avait donné à l'entreprise le caractère exclusif d'un agrandissement piémontais. L'armée battue à Custozza fut obligée de se replier sous Milan ; elle ne put s'y maintenir et dut en sortir après la capitulation de la ville (5 août).
Charles-Albert traversa ces alternatives d'espérance et de douleur avec une impassibilité de spectre, toujours à l'endroit le plus périlleux, n'ayant plus de vie que dans ses yeux ardents de fièvre et de courage. A la nouvelle de la capitulation,, une multitude affolée se rue sur le palais Greppi, renverse les équipages royaux, poussant des cris de malédiction. Charles- Albert paraît sur le balcon, s'engage à se battre jusqu'au dernier sang et déchire la capitulation. Promesse impossible à tenir. La nuit venue, le colonel La Marmora se fait descendre du balcon et ramène un détachement de carabiniers et de tirailleurs. Sous leur protection, à minuit, le roi s'échappe au bruit de la fusillade et du tocsin et conclut l'armistice dit deSalasco, qui refoula le Piémont dans ses anciennes limites (9 août). Venise refuse d'adhérer à cette capitulation et de se livrer pieds et poings liés à l'Autriche, annule le décret de fusion et se remet en république (13 août). Mazzini conclut de ces faits l'impuissance absolue de la monarchie et des illusions dynastiques, aristocratiques et modérées. « Quiconque s'y livrerait encore n'aurait ni intelligence, ni cœur.
ni amour véritable de Tltalie, ni aucune espérance d'avenir. »
A l'autre extrémité de la Péninsule, la cause italienne périclitait de même. Le roi Charles- Albert avait refusé la couronne offerte à son fils en dépit des conseils de Cavaignac, qui proposait le fils du grand-duc de loscane. Cette couronne n'était déjà plus à prendre. Le roi de iNaples, après le retour de ses troupes, descendit en Sicile (1^' septembre), bombarda et prit Messine et se préparaît à conquérir le reste de l'île.
Maintenant le succès de la réaction européenne est une simple affaire de temps. Palmerston en homme pratique en a pris son parti. Il n'accorde de secours à aucune des nationalités aux abois qui l'implorent; il feint à peine de négocier en faveur de laLombardie; aux Vénitiens il répond sèchement : « Il n'entre pas dans les propositions britanniques au gouvernement autrichien que Venise soit affranchie. 11 serait donc sage à elle de s'entendre avec le gouvernement autrichien (16 octobre 1848). » Il ordonne à l'amiral Parker, dans les eaux de la Sicile, de ne pas contrarier les mouvements du roi de Naples. 11 fait savoir au gouvernement de Sicile qu'il n'y a ni négociations ni médiation possibles, s'il ne reconnaît pas Ferdinand de Bourbon comme roi.
Le peuple piémontais vaincu, abandonné, songe alors à cette France qu'il avait rebutée et soupçonnée. Son roi néanmoins, même en cette détresse, « considère l'intervention d'une armée
républicaine comme plus funeste àlltalie que la présence de Tarmée autrichienne en Lombardie ». Les ministres cependant le décident à députer vers nous et à demander assistance au général Cavaignac, chef du pouvoir depuis les journées de Juin.
Mais leur demande de secours est aussi blessante que l'avaient été les refus d'en recevoir. Ils ne sollicitent pas une intervention, ils exigent une coopération à titre d'auxiliaires ; ils fixent le nombre des soldats, leur itinéraire, interdisent le passage par la Savoie, de crainte d'un réveil des passions annexionnistes. Notre gouvernement devait, en outre, s'engager à ne réclamer aucune cession de territoire et ne permettre aucune propagande républicaine. C'était l'ultimatum d'un victorieux bien plus que la supplique d'un vaincu.
A côté de la demande piémontaise se produisait celle des envoyés de Venise, de Toscane et de Rome. Ce sont, disaient-ils, les princes alarmés de l'influence du drapeau républicain qui, trompant les peuples sur les véritables forces de leurs •armées, les avaient induits à repousser les armes fraternelles de la France, maintenant ils les réclamaient presque comme un droit en arguant des déclarations de Lamartine.
Mazzini, continuant sa croisade républicaine contre l'ambition monarchique de Charles- Albert, écrivait de son côté à Paris : « Ne souillez pas votre drapeau en inscrivant dessus pour un roi. Ce roi n'a plus même la seule chose qu41
eut, la force. Venez pour le peuple italien ; c'est avec lui que vous pourrez jeter les bases d'une solide alliance ; tout le reste n'aboutirait qu'à l'anarchie pour nous, et au déshonneur pour la France. »
Mazzini avait tort de s'inquiéter. La requête du Piémont était de celles qu'un gouvernement sérieux ne discute pas. Bastide répondit « qu'en éprouvant le regret qu'une noble susceptibilité •nationale ne leur ait pas permis de nous appeler plus tôt la République ne manquerait pas à la dette d'honneur volontairement contractée en se promettant à elle-même l'affranchissement de l'Italie. Il cherchait avec le gouvernement anglais les moyens de rendre la paix et l'indépendance à l'Italie, sans compromettre le repos du monde » . A défaut de nos soldats les Piémontais eussent du moins voulu l'un de nos généraux, Bugeaud, Lamoricière, Bedeau ou Cliangarnier. Cette proposition n'était pas non plus acceptable. Envoyer de tels officiers à la tête d'une armée, c'était absolument comme si la nation s'engageait dans la guerre. Il n'y avait en réalité à opter qu'entre deux partis : ou intervenir résolument par une armée, à titre d'allié, ou s'abstenir de tout ce qui ne serait pas action purement diplomatique. Cavour l'avoua à la tribune : « Était-ce un acte bien convenable el bien habile de demander à une nation telle que la France d'intervenir dans une question comme celle d'Italie, d'entreprendre une guerre pouvant devenir européenne, en qualité de simple auxi-
liaire, et n'ayant dans Tentreprise qu'un rôle secondaire? Je crois fermement que si Ton voulait Tappui de la France, la seule manière de Tobtenir eût été de demander franchement Tintervention avec toutes ses conséquences (13 août 1848). »
Au lendemain de Février cette intervention était possible, elle avait cessé de Têtre après les journées de Juin. Une portion de Tarmée des Alpes, rappelée à Paris pour y rétablir l'ordre, y avait été gardée pour Ty maintenir. Paralysés par nos embarras intérieurs, nous n'étions plus en état de faire campagne, surtout au profit d'une nation dont l'armée venait d'être presque anéantie. Du reste Cavaignac ne sympathisait pas non plus avec Tentreprise de Charles-Albert. Il admettait Tunité de l'Italie sous la forme et sur le principe d'une fédération entre États indépendants, ayant leur souveraineté propre, s'équilibrant autant que possible; il ne voulait point d'une unité qui placerait l'Italie sous la domination d'un seul de ses États, le plus puissant de tous. Prêt à défendre la frontière du Tessin si Radetsky la menaçait, il ne se croyait pas obligé de répandre le sang de la France pour assurer à un roi l'extension de ses possessions territoriales. C'eût été à ses yeux un crime de lèse-principe. « Pourquoi voulez-vous, disait-il aux envoyés lombards, que nous travaillions à constituer à nos portes un puissant État qui, aussitôt formé, deviendra contre nous l'allié de l'Autriche? —
€'est une crainte imaginaire, répondaient-ils. Le Piémont, accru de la Lombardie et delaVénétie, •serait au contraire votre allié naturel, parce que ses intérêts seraient les mêmes pendant la paix et pendant la guerre, et que ni Talliance anglaise, ni Talliance russe ou prussienne ne pourraient le préserver contre les cent manières par lesquelles vous pourrez Tassaillir. » Le général ni son ministre des affaires étrangères, ne se laissèrent convaincre.
Les historiens italiens s'en sont indignés, oubliant que Tltalie entière partageait alors les défiances du général Cavaignac contre Charles- Albert, et que Manzoni, Cantù, Ferrari, Cattaneo s'étaient prononcés contre Fannexion de la Lombardie au Piémont ^ . D'autre part, les dépêches des ministres piémontais au cabinet anglais, publiées depuis, justifient entièrement les objections du gouvernement de Cavaignac. c< Dites aux ministres anglais, écrivait le ministre piémontais, Pareto, à son ambassadeur à Londres, Revel, qu'ils ont intérêt à favoriser dans le nord de l'Italie la constitution d'un puissant royaume en état de donne?' la main à la Prusse pour contenir les velléités guerrières de la France ^. » L'historien qui rapporte cette dépêche caractéristique a l'inconséquence, je ne dirai pas cynique, car Nicomède Bianchi, que j'ai connu, était un homme droit et excellent, de reprocher lui aussi à Cavaignac et à ses ministres « d'avoir été sans pré-