MoxTALEMBERT, discouFS du \0 février
ce qu'ils paraissaient, non pour ce qu'ils étaient. Eux, néanmoins, arrivaient résolus à agir selon ce qu'ils étaient, non comme ils s'étaient montrés. Le suffrage universel avait cru confirmer son vote du iO décembre, en réalité il Tavait annulé ; il avait voulu délivrer son élu, il l'avait entravé plus qu'auparavant ; il était convaincu de lui avoir envoyé des amis résolus à l'affermir et à le défendre, les nouveaux députés allaient travailler à se débarrasser de lui.
Telle est l'équivoque qui va peser sur les choses et sur les hommes, se grossir chaque jour, paralyser les efforts désintéressés, aggraver le péril social, et nous acheminer vers un cataclysme.
En attendant que ces brumes du présent s'éclaircissent d'une manière quelconque, il fallait vivre. Mais comment? Le Président, sauf un groupe très restreint, avait contra lui toute la nouvelle Assemblée. Dans quelqae fraction qu'il choisît son ministère, il se livrrait à des ennemis. La majorité elle-même, compacte contre les radicaux et les Élvséens, se divisait: les uns légitimistes, les autres fusionnistes ou orléanistes. L'état moral des députés ne les disposait pas à une conciliation. « Les conservateurs qui s'étaient attendus, non seulement à vaincre mais à anéantir pour ainsi dire leurs adversaires, se montraient aussi abattus pour être restés au-dessous du triomphe qu'ils avaient rêvé que si réellement ils avaient été vaincus.
et ils étaient en proie à une terreur aussi profonde que celle qui suivit Février ; d'un autre côté les montagnards, qui s'étaient crus perdus, étaient aussi enivrés de joie et de folle audace que si les élections leur avaient assuré la majorité \ »
Dans une telle Assemblée, à qui confier le pouvoir ?
Un des nouveaux députés, le maréchal Bugeaud, se montrant aussi résolu dans l'arène politique que sur le champ de bataille, embrassa d'un coup d'œil rapide les difficultés de cette situation compliquée, entrevit les convulsions auxquelles elle devait nécessairement conduire, et entreprit de les conjurer. A l'arrivée des premiers résultats électoraux, — ceux des départements démagogiques dont il était entouré à Lyon, — il crut le succès des rouges assuré et prit une résolution désespérée. Par un changement de front, il fait du 1*' corps de son armée sur les Alpes, rappelé à Lyon, le V" corps sur Paris, il se prépare à venir donner la mainàGhangarnier pour une exécution exemplaire de la démagogie triomphante. Le résultat définitif ayant assuré aux conservateurs les deux tiers des voix, il ordonne demi-tour à son l^^*^ corps, le renvoie dans les Alpes et vient à Paris occuper son siège de député. Après quelques heures de causerie dans la salle des conférences il se rend compte que bientôt Tabat-