‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 48 sur 113 · Falloux, Mémoires, t. I, p. 4oi · texte numérisé non relu

Falloux, Mémoires, t. I, p. 4oi

malaise et la défiance, qui engendrent la misère; il faut qu'il cesse. Il est temps que les bons se rassurent et que les méchants tremblent. La République n'a pas d'ennemis plus implacables que ces hommes qui, perpétuant le désordre, nous forcent de changer la France en un vaste camp, nos projets d'amélioration et de progrès en des préparatifs de lutte et de défense. Élu par la nation, la cause que je défends est la vôtre, c'est celle de vos familles comme celle de vos propriétés, celle du pauvre comme du riche, celle de la civilisation tout entière. Je ne reculerai devant rien pour la faire triompher. »

L'effet de cette proclamation fut foudroyant ; l'insurrection était vaincue avant que Changarnier, investi de nouveau du commandement de la garde nationale, eût déployé ses troupes. Les files clairsemées des insurgés furent coupées, enlevées en un instant, et on arrêta sans coup férir les représentants réunis aux Arts et Métiers, qui ne réussirent pas à fuir par les fenêtres.

Quand le Président rentra à l'Elysée au milieu des acclamations de la foule, on vint une seconde fois de toutes parts et avec plus d'insistance lui apporter le même conseil qu'après le 29 janvier : « Finissez-en, faites un appel direct au pays. » Les chances de succès s'étaient accrues. Le parti républicain avait perdu la majorité dans l'Assemblée, la plupart des républicains violents étaient en fuite ou en prison, les

autres désavoués par le général Cavaignac * et terrifiés. Après le 29 janvier ils s'étaient tus ; après le 13 juin ils se cachèrent. Changarnier, non encore affolé par Torgueil, ne songeait pas à opposer sa domination à celle du Prince ; les chefs politiques importants, surtout Thiers •et Mole, poussaient celui-ci « à renverser, d'accord avec eux et à profit commun, la République ^ . » Sans doute, ils désiraient se débarrasser du Président autant que de la République, « du remède non moins que du mal ». Mais, épouvantés des dangers présents, ils ne pensaient pas à disputer le règne futur. Si le Prince eut feint de s'abandonner à eux, de

1. « Entre vous et nous, n'est-ce pas, c'est à qui servira le mieux la République. Ehbien! ma douleur est que vous la serviez fort mal. J'espère bien, pour le bonheur de mon pays^ qu'elle n'est pas destinée à périr; mais si nous étions •condamnés à une pareille douleur, rappelez- vous que nous -en accuserions vos exagérations et vos fureurs. » (Séance du 13 juin 1849.)

2. TocQUEviLLE, Sotcoenirs, p- 346. — Tocqueville se trompe lorsque^ précisant une affirmation générale parfaitement vraie, il dit avoir appris de source certaine depuis sa sortie dxi ministère, que, vers juillet 1849, les chefs de la majorité et Louis-Napoléon étaient d'accord et que le coup ne manqua que parce que Berryer refusa son concours. La source à laquelle puise Tocqueville n'était pas certaine car le projet de coup d'État fut formé non en juillet 1849, mais en avril 1850 après les élections de Paris, Il est vrai que l'opposition de Berryer le fit échouer, mais le coup conçu par Thiers n'était pas du tout concerté avec le Prince auquel on ne le communiqua pas. Thiers le reconnaît dans son célèbre discours Âe janvier 1851 : « Je me hâte de dire que ni directement ni indirectement M. le Président de la République n'avait pensé il autre chose qu'à des mojews légaux. »

suivre leurs conseils, de se faire petit, de leur laisser croire que, sous son nom, ils seraient les maîtres deTÉtat, sauf à se débarrasser d'eux •quand son coup aurait été accompli, il aurait réussi alors sans difficultés à renverser la République avec le concours de la majorité parlementaire deTAssemblée.

Le 16 juillet, s'étant rendu à Amiens pour distribuer des drapeaux aux gardes nationaux, il fut accueilli avec unevéritable frénésie. Changarnier marchait à cheval à côté de lui et Persigny Hlerrière. Tout à coup, le général fit reculer son <îheval à la hauteur de celui de Persigny, et se penchant vers lui avec une émotion visible : ce Que le Prince en finisse ! lui dit-il à l'oreille ; s'il veut se faire proclamer empereur et répondre aux aspirations populaires, il peut compter sur imoi. Qu'il me parle franchement, qu'il s'entende ♦avec moi, et nous en aurons bientôt fini avec la Bépublique *. » Persigny, que ses tendances {rapprochaient des anciens légitimistes, était ^l'avis qu'on acceptât ces ouvertures, sauf à TPompre l'alliance après le succès. La loyauté de Louis-Napoléon, qui fut toujours une des causes ^principales de ses mécomptes, répugna à ces marchandages trompeurs. Décidé, s'il devenait le .maître, à suivre une politique démocratique contraire aux idées des chefs conservateurs , il ne vou- Jut pas leurdonnerdes promesses qu'iln'auraitpas ^réalisées. 11 répondit aux conseils de coup d'Etat

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