‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 50 sur 113 · TOCQUBVILLE · texte numérisé non relu

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dedans et T agrandissement au dehors ». Et ïon se réjouit fort de ce que ce messager eût été « bien reçu mais éconduit ». Bien reçu, en effet, et nullement éconduit, puisqu'il ne proposarîen *.

Le ministère tenta même une fois de le réprimander sur un acte de sa vie privée. Une dame à laquelle il portait un vif intérêt, miss Howard ^ étant venue à Tours, il pria de chercher un appartement pour elle; on la logea dans la maison du receveur général alors absent. A son retour celui-ci, homme d'une haute et fière honnêteté, fut très scandalisé de cette licencev et marqua son mécontentement dans une lettre à Odilon Barrot. Celui-ci la fit mettre sous le& yeux du Président. La communication fut mal reçue. Après avoir, dans sa lettre de répanse,, expliqué le fait par une méprise à laquelle il avait été étranger, il ajoutait : « Quant à moi, je n'accuse personne, et je m'avoue coupable de chercher dans des liens illégitimes une affection dont mon cœur a besoin. Comme jusqu'ici ma position m'a empêché de me marier, comm^e je n'ai ni amis intimes, ni liaison d'enfance, ni parents qui me donnent la douceur de la famille^

1. Persigny, Mémoires, p. 84. — « A Berlin, dit Rothan> Persigny avait obtenu àTinsu de notre ministre M. deLiirde^ qui i^avait reçu fraîchement, une audience du roi. » [L'Europe à Vavènement du Second Empire, p. 203.) Or voici ce que raconte Persigny [Mémoires, p. 103). « M. de Lurde, sur l'invitation qu*il en avait reçue de Paris, s'empressa de se: mettre à ma disposition pour me présenter aux principaux ministres, et dès le lendemain de mon arrivée je recevais, une invitation pour dîner chez le roi à Charlotteabourg» »

on peut bien me pardonner, je crois, une affection qui ne fait de mal à personne et (Jueje ne cherche pas à afficher. » On ne crut pas prudent de recommencer une pareille admonestation.

Le Prince convaincu que ses eflTorts ne triompheraient pas d'un parti pris invincible, sans cesser d'être d'une imperturbable aflTabilité, s'enveloppa d'une enveloppe de glace, voila son regard, le rendit terne, opaque, « comme ces verres épais destinés à éclairer la chambre des vaisseaux, qui laissent passer la lumière, mais à travers lesquels on ne voit rien ». Il prit un visage de marbre sur lequel il était impossible à l'œil le plus pénétrant de discerner une émotion quelconque. Il écoutait sans paraître comprendre et ne se donnait nulle peine pour faire exprimer des sentiments qu'il savait d'avance hostiles aux siens. « Les paroles qu'on lui adressait étaient comme les pierres qu'on jette dans un puits, on en entendait le bruit, mais on ne savait jamais ce qu'elles devenaient. » Les ministres eurent alors devant eux le personnage énigmatique, ténébreux, insignifiant ou engourdi, que Tocqueville a décrit avec vérité sans s'apercevoir que c'était un masque et non l'être réel.

Il ne retrouvait sa véritable physionomie ouverte, intelligente, à la fois douce et ferme, que pour les confidents auprès desquels il se reposait de ses ministres.

Parmi eux ne se trouvait aucun membre de sa famille, dont cependant il n'avait pas négligé les intérêts. Il avait nommé son oncle Jérôme

marédhal de France et gouverneur des Invalides, -et son cousin ambassadeur en Espagne. Cette •dernière nomination ne fut pas sans difficulté. O. Barrot qui recevait tous les dimanches à Bougival le jeune prince, en appréciant son intelligence, sa facilité de parole, le jugeait sévèrement*. Néanmoins pour Téloigner il consentit à l'envoyer en Espagne. Sur toute sa route le nouvel ambassadeur se répandit en critiques violentes contre le gouvernement et contre la personne du Président. A Bordeaux il s'était fait ouvrir les prisons de plusieurs condamnés politiques, leur avait serré les mains, donné Fassurance d'une libération prochaine. Il annonçait l'intention de poser aux futures élections sa candidature dans vingt collèges électoraux, avec un programme démocratique très accusé. Ce qui équivalait à proposer au suffrage universel une véritable déchéance du Président. Celui-ci, dans une lettre publique, réprimanda ce langage et ces candidatures. « C'était à toi moins qu'à tout autre de blâmer en moi une politique modérée, toi qui désapprouvais mon manifeste, parce qu'il n'avait pas l'entière sanction des chefs du parti modéré. Or, ce manifeste, dont je ne me suis pas écarté, demeure l'expression consciencieuse de mes opinions. Tu me connais assez pour savoir que je ne subirai jamais l'ascendant je qui que ce soit, et que je m'efforcerai sans

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