La Confédération et l'unité de Vltalie, p
leurs demeures. Épouvantés, ils demandaient aux agents français désireux de les entretenir, de les faire mander par des gendarmes, afin qu'ils parussent céder à la contrainte. Quant aux unitaires, aucune concession ne les eût attirés, puisque la seule réforme qu'ils poursuivaient, sous le nom de liberté, c'était le renversement du pouvoir pontifical.
Pie IX ne pouvait donc pas et en outre il ne voulait pas. Sa tentative libérale lui avait laissé un souvenir d'horreur. Bourrelé de remords il se considérait comme coupable d'avoir compromis rÉglise, et il n'avait plus qu'une pensée, qu'une passion, efi'acer jusqu'au moindre vestige -<ie ses innovations téméraires. Lui proposer de les reprendre, c'était lui demander de trahir son devoir, de renier sa foi, d'exposer le salut de son âme*.
Pie IX avait raison de ne pas vouloir. La Papauté, hors de chez elle, peut être, a été, suivant les nécessités du temps, républicaine, démocrate, sociologue, si ce n'est socialiste ; à Rome elle ne peut être que théocratique. La liberté politique, dans n'importe quelle mesure, sous quelque forme que ce soit, est incompatible avec le Principat ecclésiastique du vicaire de Jésus-Christ. « Le bon sens universel démontre que si le Pape ne peut pas être sujet d'un maître étranger, il ne peut pas l'êlre davantage de son propre peuple ou de quelque pouvoir né à Rome même et placé
i . Papiers du maréchal Vaillant.
au-dessus ou à côté de lui*. » On ne conçoit pas un monarque constitutionnel, à la façon de Louis-Philippe, accolé à un pontife infaillible et des ministres responsables marchant de pair avec des cardinaux, ces sénateurs de la catholicité. — Le cardinal Pacca, à propos des doctrines de VAvenb' sur la liberté des cultes et la liberté de la presse , parties essentielles de tout régime libéral, écrivait à Lamennais : « Ces doctrines ont beaucoup étonné et affligé le Saint- Père, car si, dans certaines circonstances, la prudence exige de les tolérer comme un moindre mal, elles ne peuvent jamais être présentées par un catholique comme un bien ou une chose désirable. » Or, si un pape se résigne parfois chez les autres à un moindre mal, chez lui il est en conscience obligé de n'établir que ce qui en soi est bien et désirable, de n'admettre ni la liberté des cultes, ni celle de la presse, d'employer la force de son bras séculier à assurer le respect des décrets de son autorité pontificale.
La lettre à Edgar Ney ne détourna pas Pie IX de ces pensées. Elle lui conseillait, afin de n'être pas jeté par la fenêtre, de s'y jeter lui-même ; il préféra attendre qu'on l'y jetât. Il déclare qu'il ne peut plus se confier à la garde des soldats français et se rendre à Rome, il recule jusqu'à Portici et, de là, il répond au Président par son Motu proprio du 12 septembre. On y retrouvait, à peu de choses près, le mémorandum des puis-
.1. Mo^îTALKMBERT.
T. II. \t>
sances de 1831 :.des libertés communales et provinciales, la réforme des lois civiles, des institutions judiciaires et des règles de la justice criminelle, de plus, un conseil des ministres, un conseil d'Etat, une consulte des finances, une amnistie avec de nombreuses exclusions.
Le Président fut mécontent du Motu proprio. Ses ministres, moins exigeants, jugèrent qu'il réalisait en grande partie les vœux émis par la France, et qu'il suffisait de presser le Pape de compléter Tamnisti^ et de hâter la réalisation des réformes annoncées. Une demande de crédit fournit à l'Assemblée l'occasioù d'exprimer son avis sur la politique du ministère, sur la lettre à Edgar Ney, sur le Motu proprio. Thiers, nommé rapporteur, se déclara satisfait : les lois annoncées opéreraient un bien incontestable si elles étaient réalisées, et la parole de Pie IX suffisait pour lever tous les doutes à cet égard ; il reconnaissait cependant que, sans attenter à l'indépendance et à la dignité du Pape, on pouvait le presser de réaliser son Motu proprio et d'étendre sa clémence. C'était l'approbation de la politique ministérielle, et cela rendait d'autant plus significatif le silence voulu gardé sur la lettre à Edgar Ney.
Le Président comprit l'intention. Pour la première fois ses ministres le virent « animé de quelque chose qui ressemblât à de la passion ». Il ne se résigna pas à rester silencieux sous le dédain de Thiers. Il écrivit à Odilon Barrot une nouvelle lettre, en le priant d'en, donner lecture
à la tribune : « Vous n'avez pas oublié, monsieur le ministre, avec quelle persévérance j'ai secondé l'expédition romaine, alors qu'un premier échec sous les murs de Rome et une opposition formidable à l'intérieur menaçaient de compromettre notre honneur militaire : je mettrai la même constance à soutenir contre des résistances d'une autre nature ce que je considère comme l'honneur politique de l'expédition. »
Cette lecture eût provoqué la vive adhésion de la gauche républicaine; Cavaignac l'avait laissé pressentir*. Tocqueville et Barrot n'osèrent s'y risquer; ils défendirent la lettre à Edgar Ney : elle traduisait dans un élan fier et généreux leur politique; ils ne l'avaient jamais désavouée et ne la désavoueraient jamais. Us ne lurent pas la lettre à Odilon Barrot. De ce jour leur chute fut décidée à l'Elysée.
1. « Je déclare qu'après avoir pris connaissance de la lettre de M. le Président de la République, j'ai trouvé les sentiments qui y sont exprinnés parfaitement dignes, parfaitement patriotiques; dignes, non pas seulement du grand nom que porte son auteur, d'autres que moi se sont char gés de le lui dire, mais dignes de la nation qui l'a choisi pour son premier magistrat. Ainsi donc, je rends hommage, hommage sans réserve, hommage respectueux, aux sentiments exprimés dans la lettre de M. le Président... Et si, par malheur, les décisions de l'Assemblée ne lui étaient pas conformes, et s'il en résultait quelque atteinte morale portée à l'autorité du pouvoir exécutif, assurément, dans ma pensée, ce n'est pas à lui que j'en rapporterais la faute. » (A gauche, très bien, très bien I)
Cette résolution fut facile facile au Président. Il avait fini par découvrir que ce ministère soi-disant inévitable ne subsistait que grâce à son appui, et que la majorité en était fatiguée comme lui-même. Dans les couloirs on le déchirait; on lui reprochait ses ménagements envers les républicains, sa mollesse à destituer et à donner les places aux bien pensants. Si les chefs des partis ne l'attaquaient pas à la tribune et ne lui refusaient pas leurs votes, ils ne déguisaient pas qu'ils ne le trouvaient bon qu'à prendre les mesures répressives et que, cette tâche ingrate terminée, ils le congédieraient. Les ministres se défendaient mal contre ces attaques sournoises et souvent y donnaient prétexte, car si parmi eux se trouvaient les esprits les plus honnêtes ils étaient si raides et si bornés que Tocqueville regretta plus d'une fois de n'avoir pas plutôt pour collègues des coquins intelligents*.
Odilon Barrot en personne vint révéler au Président ce secret de sa faiblesse* Il convoqua Thiers et Mole à une conférence à l'Elysée, et leur dit brusquement que, puisqu'ils étaient si peu satisfaits de lui, il les priait de prendre sa place. Naturellement ils nièrent leur