Discours au banquet de THôtel de Ville, 10 décembre
VOUS montriez de la vertu à nos dépens, mais pour que vous nous délivriez. — La nation vous a choisi pour tout oser; ce qu'elle attend de vous, c'est de l'audace et non de la prudence *. » Estce quand le navire sera coulé à fond que vous arracherez le gouvernail aux mains incapables de le tenir?
Et lui, impassible, répondait avec douceur : Non, je n'aurai pas recours à des moyens illégaux, je ne sortirai pas du sentier étroit que m'a tracé la Constitution. — Vous trouvez mon ministre de l'intérieur F. Barrot insuffisant, je le remplace par Baroche, qui vient de faire ses preuves comme procureur général devant la Haute Cour. — Vous estimez la licence de la presse excessive, j'essaierai de la mater en rétablissant le timbre et en doublant le cautionnement. — Les réunions électorales vous inquiètent, je les fermerai. — Les maires n'obéissent pas, je les suspendrai. — La loi électorale vous semble défectuieuse, j'essaierai de l'amender. — La Constitution appelle une réforme fondamentale, je suis prêt à la reviser avec le concours du pays. Mais je vous refuse un coup d'État.
Vous croyez peut-être que ce langage excita de l'admiration? Il fut accueilli par un strident éclat de rire. Proudhon, que j'aime à citer parce quMl était alors le véritable tribun du peuple, domina toutes les voix par son ricanement sardonique : «L'aventurier s'est éclipsé devant l'homme d'État,