Du Pape Liv. II, chapitre vu
2. « Goncodimus in jure ecclesiastico Papam nihil non posse cum nécessitas postularit. » lîossuet, Defensio, 1. Xï,
civil c'est le magistrat; dans Tordre politique, le peuple directement consulté. Seulement, dans Tordre religieux comme dans Tordre civil, la dispense précède la violation. Il peut en être ainsi dans Tordre politique; le plus souvent cependant, Tîntéressé lui-même, d'après une pratique consacrée que la morale approuve * , se déclare délié ipso facto ^ à ses risques et périls, sauf à se soumettre ensuite au jugement du peuple.
Un autre chef d'Etat avec lequel, sous quelques rapports, Louis-Napoléon n'est pas sans ressemblance, Charles- Albert, s'était trouvé dans une aussi angoissante perplexité, entre le désir de son peuple d'obtenir une constitution libérale et l'engagement pris envers T Autriche de n'en accorder jamais. Il consulta un évêque qui lui répondit : « Tout serment qui oblige un prince à
ch. XX. — Sur le cas spécial, Thomas d'Aquin dit que quand le serment a été licitum et utile^ non videtur habere locum dipensatio vel commutatio, nisi aliquid melius occurat ad communem utilitatein faciendum (quod maxime videtur pertiaere ad potestatem Papœ) vel etiam absoluta relaxatio •quod etiam ad Papam pertinet in omnibus generaliter quœ ad dispensationem rerum ecclesiasticarum pertinent, super qnas babet plenitudem potestatis/2» 2® quest. 89, art. IX, ad. 3. i, Suarez, De Juramento, 1. II, cap. xxxv, n° 10 : Dicendum est per solam rerum mutationem fieri posse ut ipso facto cesset juramenti obiigatio nec sit necessaria ulla relaxaiio. Hoc est commtmis sententia,..
42i L'EMPIRE LIBERAL.
ne pas faire le bien de ses sujets est nui, » et Charles-Albert accorda le Statut.
Louis-Napoléon interrogea la conscience impersonnelle de rhistoire, son juge futur, et voici j'imagine ce qu'elle lui expliqua :
a Ne te laisse pas troubler par la crainte de violer une légalité. N'était-ce pas une légalité, la plus ancienne et la plus nationale, que la monarchie de Henri IV et de Louis XIV ? N'était-ce pas une légalité que ce Directoire, dont les armées glorieuses ont campé des Alpes au Rhin? N'était-ce pas une légalité que cette Restauration à laquelle nous devons un bel essai de liberté constitutionnelle, la conquête d'Alger, et qui nous aurait donné la Belgique si nous lui en avions laissé le temps? N'était-ce pas une légalité que ce gouvernement de Louis-Philippe si éclairé à l'intérieur, et malgré ses instincts pacifiques, si digne à l'extérieur?
« Si détruire une légalité est un crime, notre histoire depuis 89 ne serait qu'une succession non interrompue de crimes. Crime d'avoir dé- ' trôné le roi bon et bien intentionné qui nous avait rendu les états généraux, et cependant cette révolution est célébrée comme une grande date nationale. Crime d'avoir renversé le premier gouvernement républicain sérieux, et cependant audessus de notre capitale resplendit le dôme sous lequel le capitaine du *18 Brumaire dort, gardé par les Victoires aux ailes fatiguées. Crime d'avoir renversé un roi dont le seul tort a été de ne pas se défendre assez vigoureusement contre une
agression systématique, et cependant une colonne de triomphe perpétue Tanniversaire des trois journées. Crime a de s'être rué sur les Tuileries comme une bande de pirates, et sans mandat, ne formant qu'une imperceptible minorité, d'avoir aboli la monarchie et proclamé la République * », et cependant on met sur le pavois les chefs de cette bande de pirates.
a Le renversement d'une légalité est quelquefois un crime, souvent un malheur, parfois une libération. Où serait le genre humain s'il n'en avait secoué aucune? Les sacrifices humains, l'esclavage,le despotisme sous toutes ses formes n'ont-ils pas été des légalités ? il est des légalités odieuses : ceux qui les assaillent sans succès sont des martyrs, ceux qui les abattent des bienfaiteurs. Il en est d'incorrectes, contraires à ces principes antérieurs et supérieurs à toutes les lois : ceux qui les abolissent sont des soldats du droit.
a La Constitution de 1848 est une légalité incorrecte : elle usurpe sur la monarchie héréditaire et sur la souveraineté nationale. La Convention avait décidé, dans sa première séance, à l'unanimité : Il n'y a pas de constitution, SI elle n'a pas été acceptée par le peuple (22 septembre 1792). La Constitution de 1848, /a sale pancarte de MM. du National, sans valeur selon le principe monarchique traditionnel, n'ayant pas été acceptée par le peuple, ne vaut pas davantage selon le principe démocratique.