‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 81 sur 113 · Proudlioii, Idée générale de la Révolution · texte numérisé non relu

Proudlioii, Idée générale de la Révolution

Elle ne mérite aucun respect. La mettre en pièces est le seul hommage qui lui soit dû. On a fait une révolution pour une ordonnance deCharlesX contre la presse, on en a fait une pour une réforme électorale ajournée par Guizot, et Ton serait coupable d'en faire une pour un refus de reviser légalement une constitution défectueuse, sans valeur légitime.

« Quant au serment, si, pendant que tu levais la main au milieu du silence religieux de T Assemblée, déjà tu t'étais promis par une direction secrète d'intention à l'Escobar, de ne pas tenir ta parole ; si, alors que dans tes messages et dans tes allocutions contresignées par les discours de tes ministres, tu donnais des assurances volontaires plus explicites que ton serment; si pendant que tu exprimais à Ham ton remords d'avoir troublé un ordre légal et que tu écartais à Tours les réminiscences du 18 brumaire, tu méditais un; coup» d'État impérial comme certains de tes faux amis l'ont prétendu en t'en faisant honneur; si tu n'avais cessé déjouer la comédie, d'abuser de la crédulité publique; si, pour t'avancer plus sûrement au but sans être aperçu, tu avais profané les mots de conscience, de devoir; si sons couleur de bien public tu ne poursuis qu'un avantage égoïste et les jouissances du pouvoir, je te déclarerais un des plus méprisables parmi les fourbes célèbres, et je ne trouverais pas de pilori de honte assez élevé pour y clouer ta mémoire infâme !

« Mais je sais que tu as été loyal et sincère, que

•ce que tu as dit tu le pensais, que ton désir patient de conciliation n'a pas été feint; que ■quand tu as prêté ton serment tu étais résolu à le tenir; que tu ne devinais ni ne prévoyais les changements fondamentaux accomplis malgré toi depuis ce jour. Tu ne devinais pas que les démocrates, au lieu de s'incliner devant le verdict national, ne cesseraient d'organiser des agressions contre son élu, d'effrayer les intérêts et les esprits par leurs violences et leurs menaces, que le socialisme pacifique irait se perdre dans le torrent bourbeux du jacobinisme, que l'Assemblée élue pour te soutenir se retournerait contre toi, que les hommes des anciens partis, divisés entre eux, incapables de rien constituer, se trouvaient d'accord pour te paralyser, •suscitant ainsi une alarme là où Ton avait attendu un secours. Tu ne prévoyais pas que ces menaces, ces divisions, ces haines conduiraient au bord d'une catastrophe, que terrifié, se croyant menacé de perdition, n'ayant de confiance qu'en toi, le pays te supplierait de garder en main le gouvernail que personne ne pourrait prendre à ta place. Tu ne prévoyais pas surtout qu'alors 97 hommes, convaincus cependant de l'imminence de la convulsion, la préféreraient au salut par toi, que 97 hommes concevraient l'insolent dessein de tenir en échec la volonté de la nation et de lui opposer un veto qu'elle n'avait pas supporté de Louis XVI.

« Le soir de Pharsale, César victorieux se demanda s'il avait bien agi. Il se répondit : « Ils

Tont voulu, ils mont réduit à cette nécessité. Si je leur avais rendu mes légions, la postérité m'aurait condamné. j> Si tu livrais tes légions ; si, intimidé par les clameurs des 97 hommes du veto, par les imprécations de l'impuissance et les fureurs de la sédition ; si, troublé par les calomnies qui essayeront d'avilir ta noble ambition et de la rabaisser à une vulgaire cupidité de pouvoir, lu abandonnais à la guerre civile, à la dissolution sociale, à la ruine, le peuple qui t'a élu, qui se confie en toi, qui t'appelle, t'acclame^ te soutient, t'aime; si tu décevais l'attente de l'Europe qui se promet de toi l'affermissement de sa sécurité, les femmes et les enfants te hueraient dans les rues et te jetteraient des pierres comme à un aigle déplumé. Et moi je ne le placerais pas dans le Panthéon d'honneur à côté des Washington, je te plongerais dans les limbes des pusillanimes, « qui vécurent sans infamie et sans louange, dont le ciel ne veut pas et que l'enfer même méprise ». En attendant que la puissance dispensante te délie, tu es délié de plein droit, ipso factOy par l'imploration publique et parTimminence de la catastrophe, Vismaforexcusat. En ne tenant pas ton serment, tu ne commettras pas Texcécrable parjure, iJ/w/a/a? sunt conditiones personarum etnegotiarwn. Le grand poète ton ennemi dira en vers à un Aristogiton espéré :

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.

« Moi je te dis en prose :

Tu peux tuer cette constitution avec tranquillité.

Louis-Napoléon prit son parti el appela Saint- Arnaud à Paris.

« Si j'avais commandé au château le 10 août, leroi ne serait pas parti, nous aurions battu les faubourgs ou nous serions tous morts. C'eût été pour la monarchie française un plus noble tombeau que le Temple et l'échafaud. — Moi, homme loyal, homme de cœur, je ne me laisserai jamais dominer par la rue. Plutôt mille fois lever la bannière du chef de bande. » Tout Saint-Arnaud est dans ces lignes intimes adressées à ses frères. La révolution de 1848 Tavait indigné et il avait accueilli la République par un serment de haine. Il vota pour le prince Louis, a parce que c'est l'inconnu et que dans l'inconnu il y a de l'espérance ». La mort de Bugeaud le consterna : « Dieu s'est retiré de la France ». Il veut ne plus penser à la politique, il la déteste autant qu'il aime la guerre et il s'en occupe toujours. « La France est bien malade; si elle on revient ce ne sera que par une crise terrible. On verra l'armée du Président, l'armée du Parlement, peut-être celle des princes, assurément celle des rouges, ce sera la plus dangereuse, j'abhorre la guerre civile et je ne voudrais d'aucune de ces armées. » (Janvier 1850.) 11 compare ses camarades d'Afrique à des lampions éteints ;

Page 1