‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 10 sur 155 · Saisît- Arnaud, Lettres, 17 septembre · texte numérisé non relu

Saisît- Arnaud, Lettres, 17 septembre

naturellement du cœur populaire; ils sont le renouvellement ou plutôt le commentaire des votes de décembre, affirmation consciente et deux fois répétée de Thérédilé. Il a été élu pour débarrasser à jamais le pays d'une république dont il a horreur, non pour la consolider. Par ses traditions, par sa constitution géographique et morale, la France est monarchique, elle veut une dynastie; celle du passé est morte, elle acclame la dynastie nouvelle. Le voulût-il, il ne peut rester Président de la République, le mouvement qui a envahi le pays entier, ne va cesser de s'accentuer jusqu'à ce qu'il lui ait répondu en ceignant la couronne impériale. L'armée est aussi unanime que le peuple*, il lui doit une satisfaction ; laquelle sera plus éclatante que de déchirer les traités de 1815 en replaçant sur le trône la dynastie que l'invasion a renversée et proscrite? Il insiste, il prie, il conjure, il invective les conseillers pusillanimes, il dit tant et si bien, qu'à la fin le Président, dont les instincts refoulés se réveillent, se laisse faire violence, et non sans tristesse^, déchire son discours républicain et en prépare un dans lequel il se montre résigné à s'accommoder de l'Empire :

' — « Nous sortons à peine de ces moments de

1. Trochu reconnaît dans ses Mémoires que le sentiment tlë l'armée était bien tel que le disait Persigny, t. II, p. 367 : <f L'empire très souhaité par l'opinion dans l'armée. »

,2. Persigny qui constate cette tristesse l'attribue «aux collisions dont sa personne pouvait être le sujet et au regret d'être surpris par un événement qu'il n'avait pas prévH » ! Quels amis!

crise où les notions du bien et du mal étant confondues, les meilleurs esprits se sont pervertis; la prudence et le patriotisme exigent qu'en de semblables moments la nation se recueille avant de fixer ses destinées et il est encore difficile pour moi de savoir sous quel titre je puis rendre le plus de services. Si le titre modeste de Président pouvait faciliter la mission qui m'est confiée et devant laquelle je n'ai pas reculé, ce n'est pas moi qui, par intérêt personnel désirerais changer ce titre contre celui d'Empereur*. »

A Bordeaux, le scénario officiel, dressé de main de maître par l'habile préfet Haussmann, triompha des dernières hésitations du Président. Quelle foule ! lui dit-on en lui montrant la multitude acclamante. Cromwell à une pareille exclamation répliqua : « Il y en aurait bien plus pour me voir pendre. » Le Président grisé, entraîné malgré son flegme, jette au vent son Conservons la république de la veille , et quoique les partis n'aient noué aucune menée menaçante, il proclame l'Empire : « Je le dis avec une franchise aussi éloignée de l'orgueil que d'une fausse modestie, jamais le peuple n'a témoigné d'une ma-

i. Le maréchal de Gastellane rapporte la violence des. cris de vive TEmpereurqui accueillirent ce discours et se renouvelèrent partout durant le séjour à Lyon. L'Empiré proclamé, il écrit dans son journal (5 décembre 1857) : — « Le soir, Lyon a été illuminé mais médiocrement. Les Lyonnais ont peu crié : Vive l'Empereur! quoique, au fond, ils soient contents. » Qu*en savait-on? C'était le cas cependant de crier plus que jamais : « Vive Napoléon III, vive l'Empereur ! » Mais alors Tenthousiasme n'était plus embrigadé.

nière plus directe, plus spontanée, plus unanime, la volonté de s'affranchir des préoccupations de l'avenir, en consolidant dans une même main un pouvoir qui lui est sympathique. La France semble vouloir revenir à l'Empire. »

Sa résolution ainsi manifestée, il ressent le premier un contre-coup de l'appréhension que ce mot d'Empire va apporter aux rois et aux peuples, et il essaie de la calmer : « Par esprit de défiance, certaines personnes disent : L'Empire c'est la guerre ; moi je dis : l'Empire c'est la paix. — C'est la paix, car la France la désire et lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. La gloire se lègue à titre d'héritage, mais non la guerre. Est-ce que les princes qui s'honoraient justement d'être les petits- fils de Louis XIV ont recommencé ses luttes? La guerre ne se fait point par plaisir, elle se fait par nécessité ; et, à ces époques de transition où partout, à côté de tant d'éléments de prospérité, germent tant de causes de mort, on peut dire avec vérité : Malheur à celui qui, le premier, donnerait en Europe le signal d'une collision, dont les conséquences seraient incalculables*! » Par ces mots, vagues, qui promettaient plus qu'il ne pourrait tenir, il se fiatta d'avoir dissipé les alarmes, il n'avait fait que les constater.

Son dernier acte de Président fut une généreuse réparation. Abd-el-Kader, depuis 1847, attendait en prison, malgré mes efforts ^ la liberté

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