‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 102 sur 155 · Discours du 15 janvier · texte numérisé non relu

Discours du 15 janvier

sont autorisées les entreprises violentes du dehors et du dedans. S'y résigne-t-il, il devient méprisable à ses sujets autant qu'à ses censeurs; d'une manière ou de l'autre, il périt. Voilà cependant ce que l'Angleterre el la France, à la suggestion de Cavour entreprirent contre le roi de Naples et contre le Pape, qu'ils prétendaient sauver.

L'Angleterre, qui derrière le roi de Naples voyait le Tsar, et derrière le Pape, la religion ennemie, s'engagea vivement dans cette campagne. Morny, de Pétersbourg, essaya avec son coup d'oeil pénétrant de grand homme d'État de retenir l'Empereur : « 11 est possible que la présence de nos escadres n'amène aucun trouble dans le royaume de Naples, et c'est ce qui peut nous arriver de plus heureux. Si, ce qui est probable, le spectacle des pavillons français et anglais arrivant là pour protester contre l'autorité royale produit un mouvement populaire , le roi de JNaples fera mitrailler son peuple. De deux choses l'une : ou il aura le dessus, alors nous devrons assister l'arme au bras à cette fusillade, à ces exécutions? Quelle triste figure nous ferons! Au contraire , si le mouvement est assez violent pour réussir, prêterons -nous notre appui à un nouveau Masaniello? Encouragerons-nous les excès qui se produiront fatalement après les succès de cette espèce? Sorte de succès que nous devons proscrire, nous plus que personne, car c'est la maladie chronique de la France et, pour l'extirper chez nous, il ne faut pas l'encourager

chez les autres. Allons plus loin. Que le roi tombe et que le peuple élise Murât. Ce sera un des plus gros embarras du p7*ésent règne. D'un bout de l'Europe à l'autre, l'Empereur sera soupçonné d'avoir suscité la querelle dans le but de replacer son cousin sur le trône, tandis que je sais qu'il est plus opposé que personne à l'y voir monter, parce qu'il comprend combien cette éventualité est contî'aire d ses intérêts véritables K »

Le Tsar fit remarquer combien l'intervention proposée était subversive des principes que tous les gouvernements ont intérêt à conserver et en dehors desquels il n'y a plus rien de stable.

Le roi de Naples, avec une royale noblesse et une invincible fermeté, répondit aux remontrances de la France et de l'Angleterre : — Ce qui se passe chez moi ne vous regarde pas ; je gouverne mon peuple comme il me convient; la majorité de mes sujets est heureuse et satisfaite et je ne trouve pas nécessaire de donner à quelques turbulents les moyens de troubler mon royaume et de me renverser. Cela vous déplaît? j'en suis bien fâché, je ne me mêle pas de vos affaires, ne vous mêlez pas des miennes ; laissez-moi tranquille. — Quoi qu'on fît, on n'en put obtenir rien autre. — Mais nous allons retirer nos ambassadeurs! — Eh bien qu'ils partent! voici leurs passeports et bon voyage ! — Les ambassadeurs de France et d'Angleterre partirent en effet. Ce départ était un appel à la révolution. Il y fut ré-

Page 1