‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 103 sur 155 · MoRNY à Walewski, 14 octobre 1857 et 4 janvier · texte numérisé non relu

MoRNY à Walewski, 14 octobre 1857 et 4 janvier

pondu aussitôt; le soldat Agesilao Milano tira sur le Roi , le manqua et fut f u sillé (8 octobre 1 856) . Peu après, un autre fou, Pisacane s'embarquait avec quelques fous à Gênes sur leCagliarijhaiea^n destiné au service de la Tunisie ; au bout de quelques heures de navigation, ils contraignent le capitaine à changer de route et à se diriger sur la plage de Sarpi dans le golfe de Policastro ; ils débarquent, sont pris et fusillés, le Cagliari capturé, conduit à Naples, le capitaine et les passagers retenus prisonniers et dans le royaume personne ne remua (juin 1857). Plus tard, pour se débarrasser des plaintes des journaux anglais sur les souffrances des prisonniers politiques, le roi les expédia en Amérique; en route, ils obligèrent le capitaine à les conduire en Angleterre où on leur fit fête* et, dans le royaume, personne ne remua; les lazzaroni continuèrent à manger joyeusement leur macaroni au soleil, les camorristes à exercer leur honnête commerce et tous à manifester pour leur roi de tels senti-

1. Malmrsbury, 4 août 1858 : « Les mauvais traitements infligés à Poerio avaient été pendant plusieurs années l'objet de vives discussions entre les cabinets anglais libéraux et le gouvernement napolitain, mais Palmerston et Gladstone avaient eu le tort de vouloir plaider sa cause au point de vue légal, comme si tout gouvernement, aussi bien despotique que parlementaire, n'était pas en droit de légiume défense contre ceux qui veulent le renverser. La justice napoliUine était corrompue et tyrannique ; mais je crois faux les récits de tortures physiques auxquelles il aurait été soumis. Un homme si martyrisé n'aurait pas pu, en trois mois, devenir gras et frais tel que je r«i vu le jour où Shaftesbury me l'a présenté à la Chambre des Lords. »

ments que les appeler enthousiastes, c'est ne rien dire^

Après le roi de Naples, ce fut le tour du Pape. On compila force projets de réformes à lui soumettre. L'astucieux Minghetti, le naïf Pasolini, le théâtral Pepoli proposèrent chacun le leur, on exhuma celui d'Aldini en 1815. L'Empereur employa beaucoup de temps et de bonne volonté à les étudier, à les comparer, à préférer celui-ci et celui-là. Pie IX ne perdit pas une heure même à les parcourir; il les repoussa en bloc. Il entreprit un voyage dans les Légations et dans les Marches afin de démontrer que son peuple n'était pas mécontent (juillet 1847). Il fut reçu avec empressement partout, même àRavenne, la ville turbulente. On ne demandait que des ponts, des routes, des bénédictions. Les peuples fêtent toujours leurs souverains, quoi qu'ils en pensent : le voyage de Charles X en Alsace, quelques mois avant son renversement, avait été triomphal. Malgré un mécontentement incontestable, personne ne soufflait mot de constitution ou de réformes politiques.

Les Piémontais de Bologne^ Minghetti et ses amis, qui prévoyaient cette torpeur, avaient demandé le mot d'ordre à Cavour et même au ministre d'Angleterre Hudson. On leur avait répondu : « A tout prix démontrez à l'Europe que la concorde n'existe pas entre le gouvernement et le peuple, et que les joies apparentes cou-

Page 1