‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 105 sur 155 · Cavour à Villamarina, 29 mars et 19 août 1857. T. m · texte numérisé non relu

Cavour à Villamarina, 29 mars et 19 août 1857. T. m

offensif de ce parti conservateur qu'il poursuivait partout de ses machinations.

Un premier fait lui avait aliéné Topinion. Mazzini, toujours acharné au désordre, sachant le mécontentement créé à Gênes par la translation de la marine militaire à la Spezzia, s'y était rendu pour susciter un mouvement : à la dernière minute il y renonça, mais déjà une attaque avait été tentée sur le fort du Diamant, et un sergent avait été tué. Quoique Rattazzi eût sévi avec fermeté, on Taccusa d'imprévoyance, de mollesse, voire de complicité, sort habituel de quiconque a le malheur de se trouver aux prises avec l'émeute . En outre, beaucoup de bonnes gens,, nullement cléricaux, étaient las des violences de la presse mazzinienne contre une religion qu'ils ne voulaient ni intolérante ni oppressive, mais à laquelle ils demeuraient attachés et le peuple des campagnes était loin de s'émerveiller, autant que les conspirateurs, de cette politique italianissime qui ne lui rapportait que des surcharges écrasantes d'impôt et de service militaire.

A la grande surprise de Cavour qui attendait le résultat des élections générales dans la plus paisible sécurité (15 novembre 1857), ses candidats furent élus à d'infimes minorités, lui-même réussit à peine à Turin ; deux de ses ministres : Lanza et Rattazzi, restèrent en ballottage ; La Marmorane fut pas réélu dans son collège ordinaire et ne passa qu'à Biella ; le chef de la droite, Solaro délia Margherita, au contraire, fut élu en quatre

collèges *et en ballottage dans trois autres; de nombreux cléricaux arrivèrent avec lui ; sur deux cents députés, quatre-vingt-dix étaient résolument hostiles. Cavtfur fut épouvanté : « La politique de huit années de règne court risque d'être abandonnée, qu'adviendra-t-il alors de notre pauvre Italie? Que fera notre Roi qui s'est si ouvertement employé au succès de cette politique? Il abdiquera, mais après? »

Il recourut aux moyens radicaux. Dans tous les scrutins de ballottage, il fit soutenir les hommes d'opposition extrême contre les cléricaux. Revel étant en ballottage avec Brofferio, il quêta des voix en faveur de Torateur révolutionnaire et contribua à son succès. Dans le discours d'ouverture de la session il fit affirmer par le Roi la volonté irremovibile de persister dans la politique nationale inaugurée par son auguste père. La session ouverte, dans la vérification des pouvoirs, lui jusque-là l'ennemi doctrinal des moyens révolutionnaires, mit en œuvre le plus méprisable : l'annulation inique, systématique des élections déplaisantes, suivie d'une pression officielle effrénée afin d'empêcher la réélection des députés annulés. Son collègue Lanza, brave homme tout firanc. en rougit, et écrit dans ses notes intimes : (( Par amour de la vérité, je dois reconnaître que le parti libéral procéda eh cette conjoncture avec une extrême rigueur contre ses adversaires et qu'il sortit parfois des limites de la légalité*. »

' 1. Tavallini, Vitadi Lanza, 1. 1, p. 179.

Celte mauvaise besogne terminée, il se sépara de Rattazzi. Â toute défaite il faut un bouc émissaire : les libéraux attribuèrent la leur à Tinsouciance avec laquelle le ministre de l'Intérieur, sûr du succès, avait présidé aux élections. Son administration d'une manière générale n'avait pas été heureuse; malgré ses éminentes qualités, il avait manqué d'initiative, exagéré le système parlementaire, livré l'administration aux députés, annulé les intendants, laissé s'arrêter le mouvement régulier de la machine gouvernementale; contre son habitude, il s'était montré plus sec qu'affable, blessant beaucoup de gens, et notamment James Hudson qui avait entrepris contre lui une campagne dans laquelle Gramont refusa de se laisser enrôler. EnBn il indisposa Cavour. Craignant que le Roi n'épousât la toute-puissante Rosina, ils avaient entrepris en commun une campagne contre elle et essayé d'obtenir son éloignement. Victor-Emmanuel s'irrita de cette immixtion dans sa vie privée : « Ma position seule, a-t-ii dit, m'empêcha de demander raison à Cavour, ce furent des choses de couteau, cose da coltello. » Rattazzi comprit vite qu'on se casserait inutilement la tête contre un mur, et il s'arrêta; Cavour l'accusa de l'avoir trahi. Cependant il ne tardait pas à se trahir lui-même et à, se convaincre à son tour qu'en persistant il s& perdrait à jamais, au grand détriment de la caus» nationale.

Rattazzi, abandonné, envoya sa démission, e* Cavour le remplaça à Tlntérieur (13 janvier 1858) -

Le connubio se terminait par le divorce. Kattazzi en éprouva une amère désillusion. 11 crut qu'après tant de preuves d'amitié et d'abnégation, Cavour n'en avait pas usé envers lui loyalement et franchement; il se retira cependant sans récri mination ^ décidé à ne se laisser tenter par aucune pensée de vengeance.

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