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ami Palmerston fut aux affaires, il avait gardé quelque mesure; il n'en connut plus aucune après l'arrivée de Derby et de Malmesbury. Dès sa première visite au Foreign Office, en habit de cour, il s'exprima dans les termes les plus extravagants, portant la main à la garde de son épée, s'écriant : « C'est la guerre! c'est la guerre ! » Au lieu de travailler à une entente avec les nouveaux ministres, il se déchaînait contre eux, ne leur parlait qu'avec véhémence, rapportait à Palmerston ce qu'ils lui avaient dit.
On était une fois encore arrivé à la tension qui est le prélude de la rupture, mais cette fois encore, comme toujours dès qu'il en fut ainsi, l'Empereur, qui ne voulait pas rompre, offrit la réconciliation. Mettant Persigny de côté, il chargea Cowley de déclarer à son Gouvernement « que le Cabinet des Tuileries n'avait jamais eu la pensée de lui dicter des mesures à prendre, et que les intentions de l'Empereur ayant été méconnues, son Gouvernement s'abstiendrait de continuer une discussion dont la poursuite pourrait porter atteinte à la dignité et à la bonne intelligence des deux pays; il s'en rapportait à la loyauté du peuple anglais » (8 mars 1858).
Le cabinet Derby, dont toutes les forces étaient occupées auxindeset qui se sentait hors d'état de soutenir une guerre continentale, ne se souciait pas non plus de la rupture. Disraeli accueillit la dépêche de Cowley avec des « transports de joie bien éloignés de son flegme habituel ».
T. III. Tl
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Persigoy, blessé d'un rapprochement négocié en dehors de lui et dont il fut informé par les ministres anglais, envoya sa démission, espérant qu'elle serait refusée. Walewski se hâta de se débarrasser d'un agent qui, non content de batailler contre le ministère anglais avec lequel il avait à traiter, affectait de mépriser les instructions de son propre gouvernement, et qui, en outre, s'exposait quotidiennement à la risée publique par ses querelles de ménage. Ainsi, un jour, invité à un grand dîner, il vient seul ; sa femme se fait si longtemps attendre qu'on se met à table sans elle; au premier service, elle arrive en coup de vent, les yeux rouges, lance un coup d'œil furieux à son mari, et se met à manger avec une rage concentrée, qui ne s'apaise point de la soirée; à leur départ, Jaucourl, un des attachés, va les mettre en voiture et revient en disant : « Vous serez bien aise d'apprendre que* l'ambassadeur et M""* de Persigny se sont embrassés sur l'escalier. »
L'Empereur eut encore une amertume à dévorer : le bill contre les conspirations fut abandonné, et malgré les preuves évidentes de sa culpabilité, le docteur Bernard fut acquitté an milieu des applaudissements et de toutes sortes de démonstrations inconvenantes.
On remplaça Persigny par Pélissier. Il représentait un souvenir agréable aux Anglais, l'alliance de Crimée, et son envoi était comme une dernière réparation qu'on leur faisait. (( Dites à la Reine, écrivait Cowley à son ministre
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Malmesbury, qu'il est impossible de douter du désir qu'on éprouve de lui être agréable par cette nomination et de la valeur que l'Empereur ne cesse d'attacher à notre alliance, malgré des boutades momentanées. On ne pouvait mieux répa-^ rer l'ofifense faite par les adresses qu'en envoyant le plus grand soldat de l'armée pour maintenir les relations amicales (22 mars). »
En effet, le nouvel ambassadeur fut accueilli à merveille par la Reine et les ministres, et acclamé par la foule. D'ailleurs on ne pouvait choisir un plus novice diplomate que cet admirable soldat. Quoique très fin et très perspicace, il ignorait les affaires, n'aimait pas à se donner de la peine et à sortir de chez lui ; il dénigrait hommes et choses et il maintint la tradition que Persigny avait établie. « Au dîner chez la reine, raconte le prince Albert, il parla avec la plus grande franchise de l'état de la France et des mesures de son maître qu'il désapprouve complètement. » Voilà comment Napoléon III était servi presque partout.
En Piémont, les exigences du Gouvernement français trouvèrent aussi de la résistance. L'Empereur avait été profondément affligé que l'auteur de l'attentat fût un Italien. Il s'était rendu à Stuttgard pour préparer l'affranchissement de l'Italie; il travaillait dans les Principautés à accli-
mater le principe qui le justifierait; malgré un mystèrenécessaire, ses intentions étaientàce point transparentes que Villamarina mandait à Cavour : a Napoléon et le temps sont pour nous et pour ritalie. Je le soutiens au risque d'être tenu en ce moment comme visionnaire*. » Et des Italiens venaient d'attenter à sa vie ! Les ennemis du Piémont en triomphaient. — Voilà les fruits de l'agitation révolutionnaire créée par Cavour, disait le nonce. — Votre Majesté ne croit-elle pas le temps venu, disait l'ambassadeur autrichien, de contraindre le Piémont par un intime accord avec l'Autriche à ne plus tolérer les machinations des émigrés et les excès de la presse quotidienne? »
Walewski exigea que le journal de Mazzini, Italia del Popolo; fût supprimé; que les réfugiés turbulents fussent expulsés, qu'àtousilfût interdit d'écrire dans les journaux. D'après la législation sarde, les injures contre les souverains ne relevaient pas du jury comme tous les autres délits de presse, mais la poursuite devait être provoquée par une plainte. Certains souverains, en effet, dédaignent ces attaques inoffensives, auxquelles l'Empereur et ses ministres avaient le tort d'attacher tant d'importance; Cavour ayant communiqué à James Hudson des articles très violents contre la reine en lui demandant s'il les poursuivrait, le ministre anglais répondit « que son gouvernement désirait qu'on n'y fît pas attention ». Walewski exigeait que cette législation fût modi-