Rayneval, le 2 octobre 1856. — Gramont, le 9 février
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fallait ne pas ouvrir la question et se contenter de conseiller, comme John Russell aux Italiens, de tout attendre de la libéralité civilisatrice de TAutriche. Il était évident pour tout observateur avisé que le premier heurt d'un fusil français sur un sol de toutes parts miné, amènerait partout la chute ou Tébranlement des princîpats italiens. Dès 1829, Chateaubriand avait annoncé « que si quelque impulsion venait du dehors ou si quelque prince en deçà des Alpes donnait une charte à ses sujets, une révolution aurait lieu, parce que tout était mûr pour cette révolution* >^- Il y avait eu de la divination à pénétrer ainsi, en 1829, la passion d'une multitude muette; comment en 1859 n'en aurait-on pas entendu la rumeur sur les places publiques? Napoléon 111 ignorait-il les sentiments et les volontés des Italiens? Se croyaitil la puissance de les dominer par la force de son bienfait? ou bien avait-il accepté d'avance des destructions qui ne lui déplaisaient pas, tout en essayant de les empêcher par acquit de conscience de souverain français? Quoi qu'il en soit, le rusé Piémontais avec lequel il traitait savait à quoi s'en tenir. Aussi il adhéra sans la moindre objection à ce que l'Empereur voulut : confédération, respect du royaume de Naples ; dès qu'on s'engageait à chasser l'Autriche et à lui substituer le Piémont, l'Italie tôt ou tard était conquise. « Cet arrangement, écrivait-il à son roi, me parait tout à fait acceptable, car Votre Ma-
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jesté en étant souverain de droit de la moitié la plus riche et la plus forte de l'Italie, serait souverain de toute la péninsule. )»
Cavour supplia Victor-Emmanuel de vaincre ses répugnances au mariage de sa fille. Par le rejet de la demande du Prince, on se créerait un ennemi qui, animé de la rancune d'une vendetta corse, paralyserait les effets heureux de l'ailiance. « Que le prince Napoléon ait de l'esprit, disait-il, Votre Majesté a pu en juger, et je pourrais le certifier d'après les nombreuses conversations que j'ai eues avec lui. Qu'il ait du jugement, sa conduite depuis l'Exposition, qu'il a présidée le prouve. Enfin que son cœur soit bon, la constance dont il a fait preuve soit envers ses maîtresses, soit envers ses amis, en est une preuve sans réplique. Un homme sans cœur n'aurait pas quitté Paris au milieu des plaisirs du carnaval pour aller faire une dernière visite à Rachel, qui se mourait à Cannes, et cela quoiqu'il s'en fût séparé depuis quatre années. S'il n'avait pas bon cœur, arrivé au faîte des honneurs, il ne serait pas fidèle, au risque de déplaire à son cousin, à ceux qui furent ses amis d'infortune. Quel parti meilleur le Roi pourrait-il trouver pour sa fille? Ce qui s'est passé dans sa propre famille lui démontre ce que sont la plupart des mariages avec les vieilles familles princières. Notre lutte avec l'Autriche, nos sympathies pour la France rendent impossibles des alliances avec des membres tenant aux maisons de Lorraine et de Bourbon, et ces exclusions
réduisent le choix de Votre Majesté au Portugal ou à quelque petite principauté allemande plus ou moins médiatisée. »
Victor-Emmanuel accorda assez facilement l'abandon de Nice, il se décida avec plus de peine au mariage, se II résigna cependant au grand sacrifice de se séparer d'une fille à peine âgée de quinze ans, à la condition qu'elle consentit librement à cette union. On interrogea donc la jeune princesse; elle répondit avec cette grandeur simple qu'elle a montrée dans tous les actes de sa vie : « C'est le désir de mon père ; par conséquent ce mariage sera utile à ma famille et à mon pays, je l'accepte. »
11 fut convenu que l'Empereur allait aussitôt explorer les dispositions européennes. Lorsqu'il se serait assuré les concours ou les neutralités indispensables et que Cavour aurait achevé de préparer la mine destinée à opérer l'explosion, on sanctionnerait les arrangements verbaux de Plombières par un traité inviolablement secret.