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L'année qui commence ne 'plaisantera pas

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aussi bonnes que par le passé ; mais je vous prie de dire à l'Empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changés. »

En un instant, le mot eut fait le tour de Paris, delaFrance, de l'Europe ; les fonds publics s'effondrèrent; les craintes elles espérances se déchaînèrent, et il n'y eut qu'un cri partout : c'est la guerre. Ce n'était pas la guerre, que l'Empereur n'était prêt encore à entreprendre ni diplomatiquement ni militairement, c'était une imprudence de langage. L'Empereur n'avait pas attaché à ses paroles la portée qu'on leur attribuait ; il avait surtout pensé aux difficultés avec l'Autriche en Serbie et au Monténégro ; il fut étonné et peu satisfait de cette commotion inattendue; il comprit que cette révélation involontaire d'un projet non encore parvenu à maturité suffisante allait ajouter de nouveaux embarras à ceux contre lesquels il avait déjà à se débattre. 11 combla Hûbnerd'attentions; il essaya d'expliquer ses paroles : « Rien, dit-il, dans une note au Journal Officiel (7 janvier), n'autorise les craintes que les bruits alarmants par lesquels l'opinion publique est agitée depuis quelques jours tendent à faire naître. »

Cedémenticonvainquitsi peu, que l'envoi àMarseille de six batteries (sans hommes ni chevaux) destinées à l'Algérie , la construction , comme expérience, de dix canonnières portant chacune un canon , l'achat de quelques milliers de chevaux d'artillerie pour les mettre au niveau du pied de paix, le projet d'une reconstitution de notreéquipement

d'artillerie commencée depuis deux ans, tout cela fut considéré, quoi qu'on dît, comme autant de symptômes belliqueux, et l'on demeura persuadé en France et en Europe que l'Empereur poursuivait d'immenses préparatifs de guerre.

On en douta encore moins après le discours de Victor-Emmanuel à l'ouverture de son Parlement. Cavour Tavait communiqué à l'Empereur qui y ajouta de sa propre main la fameuse phrase dont l'effet fut plus terrifiant encore que les paroles à Hûbner : « Tout en respectant les traités, nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui arrive vers nous de toutes les parties de l'Italie (10 janvier). »

Cette impression ne fut pas calmée par le départ pour Turin du maréchal Niel et du prince Napoléon. Niel venait conclure avec La Marmora la convention militaire qui devait compléter le traité secret du 10 décembre 1858; le prince Napoléon célébrer le mariage convenu avec la fille de Victor-Emmanuel.

La convention militaire fut signée le 18 janvier*. La négociation ne fut pas sans difficultés: on eut grand'peine à obtenir de Victor-Emmanuel qu'au cas où l'Empereur serait obligé d'abandon^

1. Les historiens, confondant la convention militaire et le traité secret, placent celui-ci au 18 janvier. 11 était conclu depuis plus d'un mois. S'il ne l'avait pas été, ni Cavour ni Victor-Emmanuel n'auraient parlé, à la fin de décembre, avec tant d'assurance ; le Roi n'aurait pas consulté l'Empereur sur son discours, le prince Napoléon ne serait pas venu à Turin pour célébrer un mariage qui, le traité n'ayant pas été signé, aurait eu encore de l'incertain.

ner le commandement suprême des deux armées, il serait exercé par un maréchal de France. Un article interdit Tappel des volontaires.

Le soir de la signature, le Roi, tout joyeux, ne cacha point qu'il y voyait le prélude d'une guerre prochaine. « Sire, lui répondit le général Niel, il faut attendre. — J'attends depuis dix ans », riposta le Roi. Lanza avait essayé aussi de soulever des difficultés à l'occasion du contrat de mariage : il eût fallu, selon ce soupçonneux ministre, obtenir des garanties solides pour la restitution de la dot modeste de 500000 francs constituée à la jeune princesse; on eut le bon sens de passer outre. Le mariage fut célébré au milieu de l'allégresse générale (29 et 30 janvier). Le Roi fit don à Cavour d'un riche anneau avec deux pensées. « Votre Majesté sait que je n'ai pas de femme, dit Cavour. — Je le sais : votre femme, c'est la Pairie. »

La convention militaire fut inconnue alors du public. Néanmoins il soupçonnait qu'il y avait eu à Turin plus qu'un mariage, lorsque Cavour rapprocha de la frontière les troupes éloignées, adopta la loi sur la garde nationale à l'état de guerre, proposa un emprunt de guerre de 50 millions, accompagné d'un défi : « Je suis autorisé à déclarer devant le Parlement, le pays et l'Europe que, s'il y a eu provocation, elle est venue de l'Autriche, non du Piémont. »

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A la suite de tant de manifestations alarmantes, on attendait avec une impatience fébrile le discours d'ouverture du Corps législatif. Confirmerait-il ou détruirait-il les appréhensions? L'Empereur dit : « Le cabinet de Vienne et le mien, je le dis avec regret, se sont trouvés souvent en dissidence sur les questions principales, et il a fallu un grand esprit de conciliation pour arriver à les résoudre. Ainsi, par exemple, la reconstitution des Principautés danubiennes n'a pu se terminer qu'après de nombreuses difficultés qui ont nui à la pleine satisfaction de leurs désirs les plus légitimes, et si l'on me demandait quel intérêt la France avait dans ces contrées lointaines qu'arrose le Danube, je répondrais que l'intérêt de la France est partout où il y a une cause juste et civilisatrice à faire prévaloir. Dans cet état de choses, il n'y avait rien d'extraordinaire que la France se rapprochât du Piémont, qui avait été si dévoué pendant la guerre^ si fidèle à notre politique pendant la paix. L'heureuse union de mon bien-aimé cousin, le prince Napoléon, avec la fille du roi Victor-Emmanuel,, n'est donc pas un de ces faits insolites auxquels il faille chercher une raison cachée, mais la conséquence naturelle de la communauté d'intérêts des deux pays et de l'amitié des deux souverains. Depuis quelque temps, l'état de l'Italie

T. III

et sa situation anormale y où Tordre ne peut être maintenu que par des troupes étrangères, inquiètent Jmteme?it la diplomatie. Ce n'est pas néanmoins un motif suffisant de croire à la guerre. Que les uns l'appellent de tous leurs vœux sans raisons légitimes, que les autres, dans leurs craintes exagérées, se plaisent à montrer à la France les périls d'une nouvelle coalition, je resterai inébranlable dans la voie du droit, de la justice, de Thonneur national, et mon gouvernement ne se laissera ni entraîner, ni intimider, parce que ma politique ne sera jamais ni provocatrice ni pusillanime. Loin de nous donc ces fausses alarmes, ces défiances injustes, ces défaillances intéressées. La paix, je l'espère, ne sera point troublée. Reprenez donc avec calme le cours habituel de vos travaux (7 février.) »

Les superficiels jugèrent ce discours rassurant parce que le mot de paix y était prononcé, les perspicaces le trouvèrent alarmant. L'Empereur y conseillait le calme, mais non la confiance; il assurait qu'il ne se laisserait pas entraîner, mais pas davantage intimider; il annonçait que sa politique ne serait pas provocatrice, mais qu'elle ne deviendrait pas pusillanime; il affirmait l'amitié avec le roi de Piémont, mais il accusait les dissentiments avec l'empereur d'Autriche, mais il constatait la situation anormale de l'Italie et l'inquiétude causée par l'occupation étrangère dans les États pontificaux. Les députés du Corps législatif, favorables en majorité à la paix, interprétèrent dans un sens plutôt belliqueux et le

témoignèrent par une froideur anormale. Malmesbury Fenteqdit de même : « Le discours de Napoléon n'est pas aussi pacifique que Çowley Tavait fait espérer; il ne dit pas un mot des traités et parle beaucoup de Thonneur et de l'intérêt de la France; je ne crois pas à la paix. » La publication de la brochure commandée après Plombières à un conseiller d'Etat, écrivain, de mérite, disciple et imitateur de Lamartine, Arthur de La Guéronnière, n'atténuait pas la signification du discours impérial. On y expliquait que le statu quo, difficile à maintenir à Rome, était impossible en Lombardie. ARome, antagonisme entre le gouvernement ecclésiastique et les intérêts de la société civile ; isolement du souverain, au milieu même des respects qui entourent le pontife ; occupation française indéfinie. A Turin, excitation de la pensée nationale pouvant amener la guerre, et rupture avec Rome pouvant produire le schisme. A Milan, protestations universelles de la nationalité abattue mais toujours vivante contre la souveraineté de l'Autriche. A Naples, à Parme, à Florence, à Modène,. partout où l'Autriche gouverne par ses traités, par ses conseils, qui sont des ordres, et par ses. garnisons, révolte du sentiment italien capable de dégénérer en révolution. « Comment sortir de cette situation anormale et menaçante? Faut-it faire un seul royaume de f Italie? L' histoire ^ comme la nature elle-même^ s'élève contre cette solution; ce n'est pas l'union absolue qu'il faut poursuivre, cest l'union fédérative. On ne peut

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concevoir qu'une ligue italienne dont le centre -serait à Rome et dont le Pape aurait la présidence. »

Ces idées exposées sans vigueur ressemblaient à des nuages flottants, mais dans ces nuages grondait Forage en route : « Le Piémont ne peut rester sans grand péril au point où il en est, il faut absolument qu'il trouve le moyen de donner satisfaction aux espérances qu'il a excitées. » Puis encore : « Pour tout homme de guerre, cette vérité est incontestable, que la nationalité italienne ne pourrait réussir sans un secours étranger. »

Cavour représentait à tout propos Fltalie comme un volcan en effervescence ; lui seul retenait les laves frémissantes ; dès qu'il ne jouerait plus le rôle d'écluse, le torrent se précipiterait. L'Empereur ne douta pas qu'après tous les actes provocateurs qui venaient de se succéder, ne se produisît quelque part en Italie ce soulèvement tant prévu, qui, suscitant une répresssion de l'Autriche, motiverait son intervention.

Quelques milliers de braves jeunes gens, Lombards, Toscans, Romagnols, Parmesans ou Modénais, parmi eux le fils du syndic de Milan ^t du commandant des troupes pontificales, accoururent et s'enrôlèrent, mais la Toscane crut se montrer suffisamment héroïque en prépa-

rant... un livre, Toscana e Austria. Dans leLombardo-Vénitien,on ne coupa ni les chemins de fer ni les télégraphes et on ne mit pas le feu aux magasins militaires. A Massa et à Carrara, sur lesquels on comptait tant, il n'y eut aucun mouvement pas plus que dans les Duchés; une fois les volontaires partis, il ne restait dans ces provinces que des réactionnaires; Tagitation qui paraissait menacer les États pontificaux se dissipa; les fêtes et la gaieté publique dépassèrent à Rome les souvenirs des plus beaux jours; on estima à 5 millions Targent dépensé en confetti*.

On assure que celte accalmie fut le résultat d'un mot d'ordre de Cavour et de Lafarina, motivé par une raison encore ignorée, de ne rien brusquer et de garder un calme absolue II n'en est pas moins certain que cette quiétude paralysa fort la bonne volonté de l'Empereur.

Il avait prévu des résistances, nullement la fougue bruyante de colères, de craintes, de reproches qui s'éleva contre son projet lorsque, sorti du mystère de la conspiration, il tomba sous le jugement des cabinets, des parlements, des journaux, de l'opinion publique.

Les premières oppositions et non les moins acharnées lui vinrent de sa famille, de ses conseillers. Il n'y a de souverains absolus que sur le papier; dans la réalité personne n'est absolu; celui qui s'est affranchi du contrôle d'un parlement dépend de ses ministres, de sa femme, de

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